Que Silvio Berlusconi – qui va présider pour six mois l'Union européenne – soit un chef de gouvernement atypique n'étonne plus dans l'Europe politique. Les responsables européens ont eu le temps depuis son élection de voir fonctionner le président du Conseil italien et sont coutumiers de ses extravagances. Tous doivent d'ailleurs constater que sa coalition gouvernementale tient la route, malgré l'encombrante Ligue du Nord.

La question qui se pose à Bruxelles, c'est de savoir si – sous présidence italienne – l'Union va trouver le moyen d'avancer. En coulisses, les doutes sur la volonté de Rome de jouer le jeu sont récurrents, mais tous espèrent que l'Italie – l'un des six pays fondateurs de la communauté – aura intérêt à se montrer bon élève.

Déjà à Rome, l'opposition à Silvio Berlusconi promet qu'elle ne fera pas entrave au bon déroulement des opérations. Et, en Europe, aucun haut responsable n'a pris le risque de s'inquiéter publiquement.

Silvio Berlusconi lui-même doit savoir qu'il n'a pas beaucoup d'alliés solides au sein de l'Union. Sa signature au bas de la lettre des «huit» qui soutenait l'intervention américaine en Irak n'a plu ni à Berlin ni à Paris. Ses partenaires de la «nouvelle Europe» – comme ceux de Washington – sont aussi prudents. Au Sommet des Açores, juste avant le déclenchement de la guerre en Irak, George Bush avait convié José Maria Aznar et Tony Blair sans se soucier d'un Silvio Berlusconi rendu circonspect par l'opposition de son opinion publique. Lorsqu'il s'agit au sein de l'Union de lancer des initiatives, de tenir une position, l'Italie est rarement – malgré sa qualité de grand pays – choisie comme partenaire exclusif par les leaders européens. Ses initiatives ne sont relayées que dans la mesure où elles recoupent les désirs nationaux des uns ou des autres. Silvio Berlusconi lui-même – s'il n'hésite pas à bloquer les dossiers qui menacent ses intérêts – se bat moins en Europe sur le fond que sur la forme. Ainsi, son souci principal à propos de la Constitution européenne – quand d'autres débattent avec âpreté du nombre de commissaires ou des pouvoirs du président européen – est-il d'assurer que la signature finale du Traité aura bien lieu à Rome.

Si l'Union n'est pas, ces prochains six mois, à l'abri d'un éclat du Cavaliere, le souci que ce dernier a de briller parmi les grands et l'inquiétude diffuse de ses partenaires laissent penser que Rome fera tout pour consolider une position qu'elle sait fragile.

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