Inutile de commencer cet éditorial par des comparaisons avec les autres pays européens. Les Français, en cette ultime semaine présidentielle, se préoccupent d’abord de leur sort et de l’évolution de leur pays. L’heure est donc, avant le débat télévisé Macron-Le Pen de ce mercredi 20 avril, à l’affrontement de deux visions politiques. Au président sortant, en meeting samedi à Marseille, le choix d’une France «écologique» – l’opération de séduction électorale envers les jeunes sympathisants «verts» oblige – portée par l’Europe. A son adversaire du Rassemblement national, le choix de la proximité et des promesses sonnantes et trébuchantes, «en mère de famille» qui promet de n’oublier personne.

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Une France éclatée

Ce duel des projets a deux dimensions. La première reflète les personnalités, le caractère et l’ambition des deux prétendants à l’Elysée. Le chef de l’Etat sortant, convaincu que la souveraineté se joue au niveau européen, fait tout pour se projeter comme un candidat porteur d’avenir pour un pays qui, s’il n’attire pas vers lui les capitaux internationaux, s’il ne recrée pas des filières industrielles performantes en partenariat avec ses voisins (à commencer par l’Allemagne) et s’il ne parvient pas à se réformer (à commencer par l’âge de départ à la retraite), sera tiré vers le bas par une politique d’assistanat social au-dessus de ses moyens. La candidate d’extrême droite, qui s’est «dédiabolisée» avec succès, est pour sa part conforme à son projet de retour des frontières dans tous les domaines. La France ne pourra se ressaisir, affirme-t-elle, qu’en pensant davantage aux Français, qui méritent d’être mieux protégés et rémunérés avant d’être exhortés à travailler plus.

La seconde dimension est électorale. Face à une société «archipelisée», écartelée par ses fractures, Emmanuel Macron et Marine Le Pen tirent deux conclusions aux antipodes l’une de l’autre. Le président sortant, qui n’est jamais parvenu à apaiser les colères populaires au cours de son mandat, mise sur une coalition du mouvement à géométrie variable entre droite, gauche et écologistes. Il veut faire avancer, cahin-caha, le pays archipel. La députée du Nord propose, elle, de recoller urgemment les morceaux les plus vulnérables de cette France éclatée qu’elle entend ressouder autour de son identité et de son socle populaire.

L’un prône l’offensive. L’autre la défensive. Dans une République plus polarisée que jamais, minée par le sentiment d’inégalités croissantes, taraudée par la tentation de l’abstention ou du vote par défaut, les urnes du 24 avril risquent donc, une fois de plus, de ne pas accoucher des passerelles si nécessaires. Mais d’être au contraire le produit de cette redoutable fragmentation. Et d’accroître les fossés de l’archipel Français.