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Une presse sous pression

OPINION. La multiplication des actions en justice contre des médias en l’espace de quelques semaines n’est pas de bon augure pour la liberté de la presse

Au dernier classement mondial de la liberté de la presse (2018), établi chaque année par Reporters sans frontières (RSF), la Suisse pointait au 5e rang. Encore un domaine où nous sommes champions (si l’on exclut les habituels pays scandinaves qui nous font la leçon). Et on s’améliore: en quatre ans, la Suisse a gagné 15 rangs. Ici, la crise des médias semble curieusement se conjuguer avec une amélioration des conditions pour faire son métier. Moins les journalistes ont de moyens, plus on les laisse libres?

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C’en était peut-être trop. C’est du moins ce que semblent s’être dit quatre personnalités politiques romandes (Pascal Broulis, Pierre Maudet, Christophe Darbellay et Jacqueline de Quattro) et un homme d’affaires en vue (Frederik Paulsen) qui, en l’espace de quelques semaines, viennent tous de saisir la justice pour «atteinte à l’honneur» ou «atteinte illicite à la personnalité» en évoquant, pour la plupart, un «acharnement médiatique».

Acharnement? Dans le métier, on appelle cela le suivi d’un sujet. Il se justifie au nom de l’intérêt public, une notion liée au devoir d’information et au rôle de contre-pouvoir qu’on accorde aux médias dans une démocratie. Cela doit se faire dans le respect du droit à la parole de la personne mise en cause. Dans le cas présent, ces cinq personnalités ont un large accès aux médias. La justice tranchera où l’on se situe en la matière entre «acharnement» et «intérêt public» (tous les sujets ne sont en effet pas suivis avec la même diligence, par choix et surtout faute de moyens).

Mais cette salve de plaintes – on avait «jamais vu cela en Suisse», écrit Impressum, le plus grand syndicat de la profession – a déjà une conséquence fâcheuse: celle de créer un climat d’intimidation qui met un peu plus les rédactions sous pression. De quoi faire un petit bond en arrière pour le classement 2019 de RSF.

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