«Les Suisses vont souvent à la gare mais prennent rarement le train», disait un personnage dans un film suisse des années 1960. C’est encore plus vrai pour les réformes politiques: cela nous démange souvent. Mais la mécanique institutionnelle est si complexe qu’après des années de perplexité nous préférons tout laisser en plan.

Il faut donc saluer la démarche du Conseil fédéral, qui a repris en main sa propre réforme. Il y montre un certain courage, au vu de la série d’échecs de ces vingt dernières années. Le mérite en revient à la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, particulièrement déterminée et lucide. Avec le conseiller fédéral Didier Burkhalter, représentant d’une nouvelle génération politique, le binôme réformateur est au travail.

Leur diagnostic est assez juste, même s’il est incomplet: manque de temps pour la réflexion stratégique, manque d’incarnation de la politique suisse à l’étranger, pauvreté du réseau de contacts.

La réponse est évidemment insatisfaisante. Un mandat présidentiel de deux ans, quelques secrétaires d’Etat de plus, mais sans légitimité politique, on reste loin du système innovant de gouvernement à deux niveaux refusé il y a six ans.

On est surtout loin d’une réponse adaptée aux turbulences à affronter. Des trous d’air qui ont contraint Berne à se doter d’un embryon de pilote: pressions de l’OCDE, attaques sur le secret bancaire, relations minées avec la Libye, mauvaises avec nos ex-amis italiens, chahutées avec la France et l’Allemagne.

Le problème, c’est que l’on est souvent mauvais juge de soi-même. Le travail de la réforme de la conduite de l’Etat devrait être une tâche prioritaire des partis politiques et du parlement. Or, on ne constate que quelques idées jetées à la va-vite. L’électroencéphalogramme des partis est plat. Ce débat ne les intéresse pas car il n’y a rien à exploiter électoralement. Seule l’UDC avec son initiative pour l’élection du gouvernement par le peuple y a flairé un filon populiste.