Editorial

Une réforme nécessaire qui demande un peu d’énergie

Au lieu de s’interroger sur les obstacles à franchir pour mettre en œuvre la nouvelle stratégie énergétique, posons la question à l’envers: que fait-on si c’est non?

Au lieu de s’interroger sur les obstacles à franchir pour mettre en œuvre la nouvelle stratégie énergétique, posons la question à l’envers: que fait-on si c’est non? On attendait des opposants des réponses crédibles. Ce n’est pas le cas. Résumons.

Ils ne croient pas aux nouvelles ressources renouvelables et refusent de les subventionner, même temporairement. Ils reconnaissent que le développement de l’hydroélectricité a ses limites. Ils admettent qu’il faudra bien refermer un jour le livre de l’atome. C’est du moins ce qu’ils disent officiellement, parce qu’on peut largement soupçonner la présence d’arrière-pensées pronucléaires au sein des comités qui soutiennent le référendum. Certains rêvent d’une technologie nouvelle, plus rassurante, plus économe en déchets. Des projets existent. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et rien ne dit qu’une centrale nucléaire d’un type nouveau ait davantage de chances d’être acceptée.

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Ce tableau brossé, que proposent-ils pour remplacer le courant fourni par les réacteurs suisses, soit le tiers de la production indigène d’électricité? Ils parlent de centrales à gaz. Or les deux projets en discussion sont au point mort. Le Groupe E et les BKW, promoteurs de l’usine envisagée à Cornaux, ont jeté l’éponge. Et Chavalon, nid d’aigle qui surplombe le Chablais valaisan, paraît trop mal situé pour être une solution convaincante. En outre, une centrale à gaz émet des quantités importantes de CO2. Un tel scénario est incompatible avec la volonté affichée par la Suisse de ratifier l’Accord de Paris sur le climat, qui exige une diminution des gaz à effet de serre.

Il est donc juste de miser sur les énergies renouvelables. Mais ce ne sera pas une promenade de santé. D’une part, il faudra faire des efforts pour diminuer la consommation. De l’autre, aucune des ressources envisagées ne pourra remplacer à court terme l’électricité nucléaire. Les éoliennes ont leurs irréductibles détracteurs, mais les votes de 2016 dans la vallée de Joux et au Val-de-Travers montrent que l’acceptation populaire est possible. Le développement du photovoltaïque est ralenti par les moyens disponibles pour le soutenir, mais ceux-ci s’accroîtront si la nouvelle loi est acceptée. Quant à la géothermie profonde, elle doit encore faire ses preuves.

Le défi est grand. Toutefois, les réacteurs les plus récents, Gösgen et Leibstadt, feront le joint aussi longtemps qu’ils seront jugés sûrs, jusqu’en 2035, peut-être au-delà. Cela laisse du temps pour développer des technologies d’avenir, en collaboration avec les hautes écoles, adapter le réseau et se rapprocher des règles du marché. Certes imparfaite, certes incomplète, la Stratégie énergétique 2050 est nécessaire. Elle est en tout cas plus crédible que la menace infantile d’une facture annuelle de 3200 francs par ménage pour se doucher à l’eau froide brandie par les opposants.

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