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Le 22 mai 1968 à Paris.
© AFP PHOTO / ARCHIVES / STR

Du bout du lac

Une révolte, quelque part entre mai 67 et mai 69

CHRONIQUE. Faites le test: évoquez les événements jubilaires, et vous vous apercevrez, tout bien réfléchi, que Mai 68 ne fut sans doute qu’un épiphénomène, selon notre chroniqueur

Si vous vous ennuyez, lancez une discussion sur Mai 68. N’importe où, n’importe quand. Autour d’un repas de famille qui s’éternise, sur un plateau de télévision, à la machine à café, au bistrot, où vous voulez. Quel que soit le contexte, qui que soient les commensaux ou les intervenants, vous passerez un moment délicieux.

Lire aussi notre revue de presse: Les machos de mai 1968 n’ont pas changé grand-chose dans la vie des femmes

Vous entendrez bien évidemment tout et son contraire sur ce mois un peu fou et sur son héritage. Alternativement, on vous expliquera avec un aplomb constant et souvent le doigt en l’air que Mai 68 fut: un moment clé ou un non-événement, un début ou une fin, une révolution majeure ou un pétard mouillé, l’amorce du déclin de l’humanité ou l’avènement de l’homme libre, un triomphe petit-bourgeois ou une victoire prolétaire, l’émancipation féminine ou la trahison des femmes, la fin de l’école ou le salut de l’élève… Bref, promis juré, Mai 68 fut absolument tout ou absolument rien, et malheur à ceux qui en doutent.

L’évidence sous les décibels

A mesure qu’avanceront les discussions et que grossira la houle, vous sentirez poindre un début d’évidence sous les décibels. Surtout si vous aviez, comme moi, «moins 10» ans en 1968. L’héritage le plus indiscutable des événements semble être de permettre aux vieux combattants de tout bord, comme à leurs ouailles, d’asséner leurs certitudes à intervalles réguliers sur les dérèglements du monde. Une aubaine qui leur est offerte tous les dix ans, puisque, à la différence de l’anniversaire du petit, on ne fête pas Mai 68 chaque année.

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Une drôle d’interrogation

Grisé de toutes ces certitudes et intellectuellement titubant, vous quitterez la table familiale, le plateau de télévision ou la machine à café taraudé par une drôle d’interrogation: pourquoi s’évertuent-ils tous et toutes à vouloir faire dire tant de choses aussi essentielles et définitives à une insurrection un peu improvisée, née quelques mois plus tôt de la revendication d’étudiants en sociologie qui exigeaient l’accès au bâtiment des filles après 22 heures? Parce que c’est bien comme ça que tout a commencé, à Nanterre.

Quand cette question aura tourné suffisamment longtemps dans votre cerveau honnête, vous apercevrez la lumière, le sourire aux lèvres: quoi qu’on veuille lui faire dire et par-delà l’héritage qu’on souhaite lui prêter, une révolte née de cette noble aspiration ne peut pas avoir été bien méchante. Mai 68 gagnerait à retrouver sa place, quelque part entre mai 67 et mai 69, dans le cours d’une histoire qui le précède et lui succède. Mai 2018 ne s’en portera pas plus mal.


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