Après la Géorgie et l'Ukraine, assiste-t-on à une vague révolutionnaire qui emporte une à une les anciennes républiques de l'Empire soviétique? Un peu comme si la démocratie et l'envie de liberté obéissaient au copier-coller insurrectionnel que les Etats-Unis diffuseraient par le biais d'ONG à leur solde. S'il est incontestable que les grandes puissances, Russie, Etats-Unis et Chine, jouent de leurs influences en Asie centrale, la «révolution» kirghize n'a rien d'unitaire et sa spontanéité dément un tel scénario. Et il serait même hasardeux d'en déduire que le clan du président renversé, Askar Akaïev, a définitivement perdu tout pouvoir. Et même si cela devait se confirmer dans les jours qui viennent, ce serait oublier que le Kirghizistan émane d'une construction très fragile qu'aucune des grandes puissances n'a intérêt à déstabiliser. Ce petit pays de 5 millions d'habitants sert de plaque tournante dans la lutte contre les mouvements islamistes de l'Ouzbékistan et héberge deux bases militaires, russe et américaine, qui verrouillent les routes qui mènent en Afghanistan.

Cette neutralité géopolitique, le président Askar Akaïev l'a renforcée en signant un accord de coopération militaire avec la Chine, qui peine à contrôler ses lointaines minorités ethniques. Le grand jeu diplomatique existe, mais il obéit aussi à des contingences locales qu'il ne faut pas sous-estimer. Enfin, et c'est sans doute l'essentiel, la révolte kirghize part d'abord de la frustration de la grande minorité ouzbeke du sud du pays, dont le seul horizon est la misère, et de la volonté de revanche d'anciens membres du pouvoir que le président Akaïev a écartés au profit de sa famille. Dans une région où le clan interprète les règles démocratiques en lieu et place de les appliquer, rien n'indique que l'on s'achemine vers une douce révolution démocratique au sens où l'entend l'Occident.

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