Le parlement a l’infinie tristesse de vous faire part du décès du débat sur l’immigration de masse, survenu ce lundi 12 décembre à Berne, à l’âge de cinq ans et demi, des suites d’une longue maladie. Le débat s’est battu avec courage contre un mal congénital sournois: la mauvaise foi. En vain. La cérémonie d’adieu aura lieu vendredi, au Palais fédéral, dans l’intimité de la famille parlementaire. Puis, nous ferons la fête tout le week-end.

Faut dire qu’elle commençait à nous taper sur les nerfs, la Masseneinwanderung-Initiative. Un dialogue de sourds né au printemps 2011, et reposant sur une vue de l’esprit: il n’y a aucune invasion à nos frontières. Au contraire, l’immigration est en baisse, et nous en souffrons. Mais le malentendu repose surtout sur un aspect formel: l'initiative est inapplicable. C’est le cœur du problème. Nous le répétons en boucle depuis des années. Personnellement, j’ai dû le dire mille fois.

Il n’y a aucun référendum en vue. Comme prévu

L’initiative n’a jamais été applicable. Ni en mai 2011, ni en février 2014, ni en décembre 2016. Aucune loi ne peut être contraire à nos engagements internationaux, ni à d’autres lois existantes. Bref, inapplicable. Du coup, personne n’a voulu l’appliquer. Pas même les initiants, qui n’ont en fait jamais voulu gagner, et qui n’ont, en conséquence, jamais proposé de solution. Du coup, nous ne l’avons pas appliqué. Comme prévu. Et il n’y a aucun référendum en vue. Comme prévu.

Le parlement a donc tenu ses promesses: ne pas appliquer une initiative inapplicable. Ou l’appliquer tant que faire se peut. Respecter, le plus possible, la volonté d’un peuple trompé. Et nous pouvons être fiers du résultat. Pourtant, cela énerve certains journalistes. Les médias nous reprochent depuis trois ans de ne rien proposer. Et quand on trouve enfin une solution, ils découvrent que l’initiative était inapplicable. Comme cet éminent confrère qui titre, jeudi: «Le parlement s’assoit sur la Constitution». Visiblement, certains journalistes s’assoient sur leurs oreilles. Un vrai dialogue de sourds.

Enterrement ce vendredi

Vendredi, donc, c’est l’enterrement. Ça se passe à Berne, au Palais fédéral, dès 8 heures*. En lieu et place de fleurs, un don peut être adressé à la «Fondation Sonotone Pour Tous». Ce sera utile pour la résurrection du débat. Tel le Phénix, il renaîtra de ses cendres, sous peu. Pour mieux mourir. Et ainsi de suite. Nous ne sortirons pas de l’impasse. Paix à son âme. Amen.

* La cérémonie n'est pas publique, mais j’ai quatre places. Si ça vous tente, tweetez-moi.

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