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Bain de foule du pape François. Cité du Vatican, 13 juin 2018.
© Franco Origlia

Ma semaine suisse

Une spiritualité bricolée

OPINION. Désormais, sans renier son héritage chrétien, chacun se bricole une religiosité et une spiritualité à la carte, hors des institutions, constate notre chroniqueur Yves Petignat à la veille de la visite du pape en Suisse

Il ne faut pas entrer dans son Eglise pour adhérer à son message. Ainsi le pape François remplit-il les stades et les arénas alors même que les églises d’Europe occidentale se vident. C’est une des apparentes contradictions que Genève et la Suisse auront l’occasion de vivre, jeudi 21 juin, avec la venue de François.

La «civilisation paroissiale»

Touchées par son humanité et son humilité, par sa liberté de parole, son refus de juger les autres, les foules se pressent à chaque déplacement du pape argentin. Le besoin d’un guide spirituel, d’un meneur, d’un chef charismatique est vieux comme l’humanité. Mais rarement le décalage n’aura été aussi grand entre le scepticisme général envers toute autorité religieuse et la fascination qu’exerce Bergoglio. Voilà un homme qui prêche la renonciation et la justice dans un monde toujours plus divisé par les injustices et déboussolé devant la difficulté des choix. Dans une société individualiste éprouvante pour l’individu, François donne à chacun le sentiment de faire partie d’une communauté, il crée un lien d’être humain à être humain.

Reste alors le dalaï-lama, le pape François, un mysticisme naturel, selon les choix de chacun

Entre le fort recul de la fréquentation des églises et le maintien d’une identité religieuse, la contradiction n’est dès lors qu’apparente. Selon une récente enquête du PEW Research Center menée dans une quinzaine de pays d’Europe, la Suisse se signalerait notamment par une forte appartenance au christianisme. Même si 27% seulement des personnes interrogées disent participer à un culte au moins une fois par mois, 75% des Suisses se déclarent néanmoins d’une religion chrétienne. Ce taux est de 83% au Portugal mais de 41% seulement aux Pays-Bas. Ce n’est pas une nouveauté. Depuis les années 1970, la «civilisation paroissiale» a commencé à disparaître et avec elle la fréquentation des églises. L’affiliation religieuse ne structure plus la société; l’institution «Eglise» ne fait plus recette. Cela ne signifie pas la disparition de toute religiosité ou spiritualité; celles-ci continuent à se manifester sous d’autres formes ou lors d’événements importants pour les individus. Dans un livre de 1985 qui fait toujours référence, Le désenchantement du monde, Marcel Gauchet insiste sur le fait que «la religion ne fait plus société». Le christianisme aurait au contraire émancipé les individus et ce faisant les aurait libérés des rites religieux et des obligations cultuelles. D’où sa formule: «Le christianisme est la religion de la sortie de la religion.»

Spiritualité à la carte

Les historiens et les sociologues débattent beaucoup pour savoir si la vague de désappartenance religieuse est due à la montée en puissance d’une société de consommation, individualiste, qui a mis son salut dans les technologies. Ou au contraire si, comme le dit Marcel Gauchet, en détachant les hommes de leurs dépendances sociales l’émancipation par la religion n’a pas contribué à les soumettre dorénavant aux choses, aux technologies, à la consommation. Les deux événements sont toutefois allés de pair. Et l’Eglise catholique, avec l’aggiornamento de Vatican II, n’a fait que réconcilier, pour quelques années seulement, la nouvelle liberté de la société avec l’institution religieuse. Désormais, sans renier son héritage chrétien, chacun se bricole une religiosité et une spiritualité à la carte, hors des institutions. Il reste alors le dalaï-lama, le pape François, un mysticisme naturel, selon les choix de chacun, pour retisser des liens entre des individus confrontés à leur liberté.

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