Il aura fallu attendre dix-sept ans, mais c’est malgré tout un joli coup pour la diplomatie helvétique. La venue de Xi Jinping à Berne en visite d’Etat – la première depuis celle de Jiang Zemin en 1999 – témoigne de la qualité d’une relation bilatérale florissante. Au fil des ans, le marché chinois est en effet devenu un facteur clé de la diversification des exportations suisses. Un précieux avantage pour notre industrie de pointe. La Chine a tout lieu pour sa part de se féliciter du rôle de laboratoire que joue la Suisse au cœur de l’Europe. Neutre et sans ambition politique, elle sert bien les intérêts de Pékin – parfois au nez et à la barbe de Bruxelles.

Sans minimiser la portée de cette rencontre sur le plan bilatéral, il en va de même avec ce déplacement exceptionnel de quatre jours. Xi Jinping peut déclarer sa flamme à la Suisse, l’objectif principal de sa visite vise un autre but: envoyer un message aux Chinois et au reste du monde. Le message d’une puissance économique bien décidée à assumer sa responsabilité politique dans un moment de possible bascule géopolitique.

Au Forum de Davos, puis à Genève, le président chinois expliquera que la Chine est prête à prendre le relais. Deux jours avant la prise de pouvoir de Donald Trump, un président élu sur la promesse d’un retour au protectionnisme et à l’isolationnisme, Xi Jinping s’affichera en dirigeant raisonnable d’une planète de plus en plus désorientée. Dans l’enceinte du Forum économique mondial, il se fera le champion de la globalisation et de l’ouverture des marchés. A l’ONU, il affirmera la nécessité d’un ordre international fondé sur le multilatéralisme.

Ces professions de foi sont importantes et bienvenues, la Chine ayant indéniablement un rôle nouveau à jouer dans le développement d’un monde multipolaire. Encore faut-il qu’elle démontre son engagement à faire respecter les normes qu’elle affirme vouloir défendre, à commencer sur son propre territoire. Quoi qu’elle en dise, la Chine reste en effet bien plus protectionniste que les Etats-Unis ou l’Union européenne. Pékin peine par ailleurs toujours à accepter le volet politique et civil des droits humains, un principe pourtant fondamental de l’ONU.

Si dans certains domaines la dictature chinoise progresse, dans d’autres elle régresse. Cette visite sera véritablement réussie si à Berne, à Davos et à Genève, les interlocuteurs du président chinois le lui rappellent avec force.


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