Opinion

Pour une transition énergétique responsable

Notre responsabilité commune est d’assurer une transition énergétique sûre, propre, locale et durable. Le moyen d’y arriver est de soutenir la Stratégie énergétique 2050. Ne la court-circuitons ni par un référendum qui la retarderait, ni par une initiative qui la mettrait en difficulté, estime Jacqueline de Quattro, conseillère d'Etat vaudoise

L’énergie est un droit, au même titre que l’eau, tant elle est indispensable au développement de l’être humain. Un droit que nous devons protéger et renforcer. C’est non seulement une obligation morale mais aussi une opportunité. La Conférence de Paris sur le climat nous a rappelé que nous avons le devoir de repenser notre modèle de développement. Notre pays s’est engagé à le faire. Or l’initiative populaire «pour la Sortie programmée de l’énergie nucléaire» qui sera soumise au peuple le 27 novembre met en danger notre politique énergétique et environnementale par une mise hors-service précipitée de nos centrales. Elle nous engage dans une politique faite d’incertitudes et d’exigences excessives. Ce n’est pas dans l’ADN des Suisses de jouer aux apprentis sorciers.

Une chute immédiate de production fâcheuse

Un oui à l’initiative provoquerait une chute immédiate de la production d’électricité. Elle demande l’arrêt des trois centrales de Mühleberg, Beznau 1 et Beznau 2 dès 2017, celle de Gösgen en 2024 et celle de Leibstadt en 2029. Une des conséquences serait qu’un tiers du courant produit aujourd’hui à partir de l’énergie nucléaire viendrait à manquer dès l’année prochaine. Or la Suisse n’est pas prête à compenser à brève échéance la part manquante par de l’électricité issue d’énergies renouvelables et produites dans notre pays. Elle serait contrainte d’importer une plus grande quantité d’électricité de l’étranger. Or cette énergie provient le plus souvent de centrales à charbon allemandes très polluantes ou de centrales atomiques françaises. Une hypocrisie.

Menace sur l'approvisionnement

Tirer la prise prématurément de nos centrales menace aussi la sécurité de notre approvisionnement énergétique. Notre infrastructure de réseau n’est pas adaptée pour absorber une hausse importante de nos importations d’électricité. Et les adaptations nécessaires ne pourront pas être réalisées dans les temps. Le danger d’une panne généralisée d’électricité augmenterait de manière significative, notamment en hiver. Nous y avons échappé de justesse en décembre 2015. Nous ne pouvons pas prendre le risque d’exposer notre pays à une telle insécurité. D’autant plus que nous disposons à présent d’une alternative qui donne le temps à la Suisse de réformer son avenir énergétique, au rythme notamment du développement des énergies renouvelables. Une formidable opportunité.

Suivre la Stratégie 2050

Le Parlement fédéral vient d’accepter la Stratégie énergétique 2050 qui exige la sortie progressive de l’énergie nucléaire. La construction de nouvelles centrales est interdite. Quant aux cinq centrales existantes, elles ne peuvent fonctionner qu’aussi longtemps qu’elles sont certifiées sûres. Ce projet est courageux et responsable. Car il oblige la Suisse à remplacer environ 40% de son approvisionnement en électricité. Pour relever ce défi, il faudra accroître la production des nouvelles énergies renouvelables locales, tout en renforçant l’efficience énergétique, dont le potentiel est énorme. Cette stratégie permet de «booster» les nouvelles technologies. Un encouragement à l’innovation et un soutien fort à l’environnement économique. Des enjeux qui sont à la hauteur de nos ambitions et qui correspondent à notre culture politique.

Notre responsabilité commune est d’assurer une transition énergétique sûre, propre, locale et durable. Le moyen d’y arriver est de soutenir la Stratégie énergétique 2050. Ne la court-circuitons ni par un référendum qui la retarderait ni par une initiative qui la mettrait en difficulté. Notre avenir énergétique dépend des choix que nous faisons aujourd’hui. Refusons le 27 novembre de débrancher nos centrales et disons oui à une politique construite patiemment sur des équilibres typiquement helvétiques qui nous permettra d’atteindre l’objectif visé dans un délai réaliste. C’est la clé de voûte d’une Suisse durable, à l’image de l’Accord sur le climat.


Jacqueline de Quattro, conseillère d’Etat, cheffe du Département du territoire et de l’environnement (DTE) du canton de Vaud

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