Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Photographie d'une femme dans les rues d'Istanbul, Turquie, le 13 août 2018.
© Yasin Akgul/AFP

éditorial

Une Turquie à genoux?

ÉDITORIAL. On a souvent comparé les trajectoires de Donald Trump et de Recep Tayyip Erdogan. Aujourd’hui, elles entrent en collision

L’Occident va-t-il vraiment «perdre» la Turquie? C’est une crise étrange. D’un côté, une attaque en règle menée par les Etats-Unis qui, à coups d’ultimatums et de sanctions, tentent de faire libérer un pasteur évangélique américain détenu en Turquie, quitte à faire vaciller l’un de leurs grands alliés.

De l’autre côté, un président, Recep Tayyip Erdogan, qui, particulièrement à l’aise dans les habits du défenseur de l’honneur bafoué du pays, crie au «complot» et appelle ses concitoyens à la résistance. On a souvent – avec raison – rapproché les styles du président milliardaire américain et du «sultan» turc, emblèmes en miroir des nouveaux «régimes forts» qui fleurissent un peu partout. A ce point similaires, en réalité, qu’ils semblent bien être devenus incompatibles.

Lire aussi: Derrière la chute de la livre, le mirage économique turc

Pour être soudaine et violente, cette crise était pourtant annoncée. Au-delà du climat de répression qu’il a installé dans le pays, Erdogan reste très populaire en Turquie. La raison? Une modernisation économique menée tambour battant, qui a bénéficié principalement à son électorat traditionnel, celui des campagnes et des petites villes délaissées jusque-là. La distribution de pareilles largesses a démarré au temps béni pour les investisseurs où – l’Europe l’avait promis – l’avenir de la Turquie se dessinait au sein de l’Union européenne. Entre-temps, les Européens se sont ravisés, tandis que Recep Tayyip Erdogan, jadis modèle du leader musulman démocrate, sortait progressivement ses crocs d’autocrate.

Lire également: Les banques suisses à l'abri de la crise turque, mais pas l'Europe

Cette générosité électorale n’était plus tenable. Et Erdogan, le premier, en était parfaitement conscient, lui qui a anticipé la date des dernières élections en juin dernier, prenant soin de verrouiller son statut d’«hyper-président» avant que la crise économique ne finisse de s’abattre pour de bon.

Aujourd’hui, les ruades de Donald Trump sont donc plutôt une bonne nouvelle pour un Erdogan qui a trouvé le coupable tout désigné. L’économie peut souffrir (elle en avait de toute façon pris le chemin inéluctable), les électeurs feront corps autour de leur président, d’autant plus sûrement que toute opposition a été traquée et réduite au silence.

Et finalement: La livre turque s’effondre, le franc suisse s’envole

Alignés derrière leur chef, mais pour aller où? Une alliance avec la Russie, avec le Qatar, voire avec l’Iran ou la Chine? C’est le nouveau rêve caressé à voix haute par le sultan d’Ankara. Une perspective irréaliste mais d’autant plus aisée à vendre que la Turquie, en vérité, a déjà largement entamé ce virage, à la faveur notamment de la guerre en Syrie, ce formidable brasseur d’alliances régionales.

Et du côté de Donald Trump? Dans la même région, l’Iran est «neutralisé», à la suite de la mise en pièces de l’accord sur le nucléaire. La Russie, le Qatar? Difficile de savoir dans quel camp les place exactement l’administration américaine. Comme il est impossible de juger jusqu’où Washington est prêt à aller afin de mettre à genoux ce pilier de l’Alliance atlantique.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)