Opinions

Une utopie malgré les familles

Les Vaudois tiennent décidément à conserver leur originalité dans le domaine scolaire. En préparant en secret un bouleversement radical du régime des vacances scolaires, l'Ecole vaudoise retrouve ses vieux démons. Innover sans tenir compte de ce qui se passe dans les autres cantons romands et ne pas hésiter à se singulariser en s'appuyant sur l'avis de «pédagogues éclairés». Cette fois, il ne s'agit pas de dépenser des millions pour publier dans son coin des manuels d'histoire, mais de toucher à un domaine sensible entre tous, les périodes de vacances. Une question qui concerne en première ligne les parents d'élèves vaudois.

Or ceux-ci risquent d'être surpris en apprenant ce qui se prépare dans les bureaux de la rue de la Barre à Lausanne. Les vacances d'été? Raccourcies à six semaines, avec une année scolaire se terminant à mi-juillet. Les vacances de Pâques? Supprimées et remplacées par un week-end prolongé. La semaine de février? Reléguée au placard des souvenirs.

Les autorités scolaires ne craignent rien. Même pas de lancer un projet totalement utopique. Depuis l'entrée en vigueur d'Ecole vaudoise en mutation (EVM) et son exigence d'assurer un rôle éducatif auprès des élèves, certes en collaboration avec les parents, l'Ecole a décidé de faire le bonheur des familles malgré elles. Car, explique-t-on, le nouveau régime des vacances se justifie, du point de vue pédagogique, par la nécessité de respecter le rythme des enfants. Mais à qui le Département de Francine Jeanprêtre va-t-il faire croire que la nécessité de placer l'enfant «au centre des préoccupations de l'école», pour reprendre sa terminologie officielle, implique pour lui de terminer l'année en pleine canicule? Qui espère-t-il convaincre en obligeant les élèves à assister aux cours jusqu'au 24 décembre? On aimerait entendre les directeurs sur ce sujet, eux qui sont confrontés à des demandes de congé anticipé de plus en plus fréquentes des familles, qui souhaitent se réunir pour les fêtes de fin d'année ou disposer d'un vrai temps en été pour se ressourcer dans leurs cultures.

Ce qui frappe, c'est que plus l'Ecole affirme son intention d'instaurer un véritable partenariat avec les parents, moins elle le fait réellement. Le débat est entièrement confisqué par les spécialistes, qui jugent que de toute manière les parents ont démissionné et que les familles sont trop éclatées pour être des partenaires crédibles.

La procédure de consultation de ce projet se termine dans deux semaines. Aucune surprise n'est à attendre. Les milieux scolaires auront eu le temps de se convaincre du bien-fondé de leurs innovations. Mais le choc avec la réalité pourrait être brutal. Les parents, pour l'instant exclus du débat, vont sans doute se réveiller.

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