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Shirin Ebadi, insidieusement persécutée par son pays, l'Iran.
© © Thierry Roge / Reuters, Reuters

En Tête 

Une vicieuse persécution islamique

Shirin Ebadi, la plus célèbre des Iraniennes, prix Nobel de la Paix, n’échappe pas en exil à la police de Téhéran. Qui l’aidera à rentrer au pays?

Vous n’étiez pas à Téhéran? On s’y bouscule pourtant. Les touristes, bientôt émerveillés par Ispahan, suivent les ministres qu’accompagnent des hommes d’affaires inquiets de ne pas être les premiers dans les salons des ministères, maintenant que la barrière des sanctions se lève. L’industrie nucléaire de la République islamique, sous étroit contrôle international, ne trouble plus qu’Israël et les Arabes du Golfe.

L’Iran est de retour.

La réponse désolée de Shirin Ebadi

Et les Iraniens? «Le peuple est perdu au milieu de la mer. Il ne peut pas arrêter de nager, ni se demander si le rivage est encore loin.» Shirin Ebadi vient de donner cette réponse désolée à une radio américaine qui lui demandait ce que ses compatriotes ont dans la tête. Elle a quand même ajouté cette note plus optimiste: «Je crois que nous arriverons bientôt sur la terre ferme.» Et disant cela, cette femme a du mérite: car la plus célèbre des Iraniennes, depuis sept ans, ne connaît que l’exil.

La faute au Nobel de la paix? Un peu sans doute. Quand le comité norvégien a décidé en 2003 de décerner son prix à cette avocate obstinée des opprimés, des opprimées surtout, des minorités malmenées et des intellectuels jetés au cachot, la vie de Shirin Ebadi, à Téhéran, est devenue de plus en plus compliquée. Elle le raconte dans un livre, Until We Are Free: My Fights for Human Rights in Iran, qui vient de paraître en anglais et dont il faut parler pour voir ce qu’il y a, encore, derrière les sourires convenus des diplomates sans cravate.

L’entêtement d’une femme

En 1975, quand elle est devenue présidente de tribunal, première femme à ce poste, Shirin Ebadi n’avait guère de sympathie pour le régime du shah: elle regrettait Mohammad Mossadegh, le chef du gouvernement dont les Occidentaux avaient provoqué la chute vingt ans auparavant, pour du pétrole. Quatre années plus tard, après la révolution, les ayatollahs l’ont reléguée aux écritures subalternes: une femme à la tête d’une cour, impensable! Alors elle s’est entêtée, contre toutes les résistances, à devenir avocate, et dans les années 90 elle a ouvert un centre des droits humains, pour défendre des Kurdes, des baha’is, des journalistes arrêtés, ou cette fillette de onze ans, violée par trois hommes qu’un tribunal voulait libérer si la famille de la victime ne parvenait pas à financer leur exécution: que vaut la vie d’une enfant…

Le Nobel, les ennuis

Les Nobel ont pensé bien faire en saluant il y a treize ans ce combat contre l’injustice, l’intolérance et l’obscurantisme. Mais à partir de ce jour-là, ce fut un déchaînement d’intimidations, de manifestations devant ses bureaux, de menaces de mort sur sa porte. En juin 2009, quand Téhéran s’est soulevé contre la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, Shirin Ebadi, en voyage à l’étranger, a préféré ne pas rentrer, sûre qu’elle serait, au mieux, arrêtée.

L’exil n’était pas une protection. La police islamique s’en est prise à sa sœur, puis à son mari, Javad, qui a disparu. Une fois libéré, il a appelé sa femme, pour une confession. Dans une soirée où il avait été convié, il s’était trouvé en présence d’une amie de jeunesse qui lui avait fait des avances. Il n’avait pas résisté. Des agents, munis d’une caméra, avaient surgi dans leur chambre. Le juge, tenant le film pour une preuve irréfutable d’adultère, l’avait condamné à mort par lapidation. Il pourrait cependant sauver sa vie à trois conditions: l’abandon de tous ses biens, y compris la médaille Nobel de Shirin; la conclusion d’un mariage temporaire (sigheh) avec sa compagne d’un soir; et surtout une dénonciation de sa femme, face à une caméra de télévision.

Javad, au téléphone, demandait conseil à son épouse… Shirin Ebadi, qui était alors à Atlanta, en visite chez sa fille, raconte dans son livre qu’elle est sortie sur le balcon de la maison où elle résidait pour hurler. Ils lui avaient volé son métier, le centre qu’elle avait créé à Téhéran, son pays, puis son mari.

La confession de Javad a été diffusée récemment à la télévision. Les deux époux humiliés viennent de divorcer. Et pourtant, Shirin Ebadi, qui croit possible une lente évolution du régime islamique, rêve de rentrer en Iran. Les diplomates occidentaux, qui nouent de si cordiaux contacts à Téhéran, pourraient peut-être l’aider à obtenir quelques garanties…

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