Après l’Europe, l’Amérique? Parce que Stromae est quasiment inconnu outre-Atlantique, il n’a pas hésité, ces derniers jours, à «refaire comme au bon vieux temps», c’est-à-dire à jouer dans les rues et dans le métro de New York, comme le dévoile le site musical Pitchfork, qui collabore avec lui sur ce coup-là. Coup de com monstre: on le voit donc dans une vidéo où il reprend les codes de ses fameuses «Leçons» qui l’avaient propulsé en 2010 sur le devant de la scène européenne. Ces vidéos qu’il publiait sur YouTube où il expliquait la façon dont il compose ses morceaux.

Voyez cette nouvelle vidéo – aussi publiée sur sa page Facebook – «Stromae Takes America – «Papaoutai» in New York City», dont on savoure chaque instant avec délice. Tout y est poli, soigné, construit avec un talent qui confine à l’insolence. Il en réalisera une dans chaque ville d’Amérique du Nord où il compte se rendre ces prochains jours de septembre. Pour y «performer», donc, et faire sa propre promotion: Miami, Atlanta, Washington, Boston, Chicago, Minneapolis, Detroit, Toronto, Montréal, puis retour à Madison Square Garden le 10 janvier 2016. C’est le modèle, largement éprouvé, du clip de «Formidable», tourné en plein Bruxelles:

Objectif: conquérir le continent nord-américain. Selon la Tribune de Genève, il «avoue qu’il se les gèle à Times Square, mais la fin justifie les moyens. […] Trimbalant son matériel dans la ville ou détaillant la mélodie de «Papaoutai» dans l’indifférence générale, Stromae confie avoir hâte de découvrir ce que le reste de l’Amérique a à offrir.» Indifférence, peut-être, mais on y observe aussi quelques regards médusés par le personnage, qui a tout de même de la peine à passer complètement inaperçu.

Décidément, on a bien devant nous celui que Gala appelle «le roi des coups de commu­ni­ca­tion réus­sis». Tout est soigneusement étudié: Stromae se place «sur Times Square avec son ordi­na­teur, son clavier et ses petites enceintes, non sans avoir au préa­lable déroulé son joli tapis sur le sol. Il inter­prète […] «Papaou­tai», habillé de la même manière que dans son clip – de son origi­nal ensemble short et chemise manches courtes bleu turquoise.»

Des parrains prestigieux

Bonne nouvelle, dans le fond: «Quelques semaines après avoir dû interrompre sa tournée pour des raisons de santé», Stromae va donc «mieux», constate Elle, «la différence avec les autres musiciens qui se produisent dans les rues de Big Apple étant que Stromae a déjà vendu trois millions d’albums en Europe, chose que la plupart des badauds ignorent. La vidéo débute avec une intervention de la chanteuse Lorde, qui confie lors d’une interview être une très grande fan de ce type qui s’appelle Stromae.» Puis, ce sont will.i.am et Madonna qui y disent «qu’ils aimeraient collaborer avec le chanteur belge».

Il y a pire, comme parrainages, dans une région du monde «où si peu de francophones sont parvenus à se faire un nom», font remarquer Les Inrocks. Qu’à cela ne tienne: en autopromotion modeste mais si maline, Stromae se transforme «en homme-sandwich pour distribuer les tracts de son propre show devant les portes de Madison Square Garden, et pour ceux qui hésitent à venir, il leur précise qu’il connaît bien Madonna».

Début du deuxième acte d’une campagne qui a débuté au festival californien Coachella en avril dernier, où il avait été rejoint sur scène par Kanye West pour «Alors on danse». Mais Stromae n’est encore connu de personne outre-Atlantique. Peut-être plus pour très longtemps…

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