Un plan-séquence tremblant longe un mur rayé sur fond de musique électronique puis pénètre dans un espace où un quadragénaire dessine au pochoir et à l’aérosol contre un mur. L’homme relève la tête, met la main en direction de l’objectif pour que l’intrus cesse immédiatement de le filmer.

Cette vidéo de moins de 30 secondes n’a aucun intérêt dans sa forme. Mais voilà: la femme à l’origine de cette séquence, une anonyme, est depuis persuadée qu’elle a surpris l’artiste Banksy dans un «shopping mall» de Herzliya, une station balnéaire au nord de Tel-Aviv où – hasard ou coïncidence – a ouvert ce mardi une rétrospective du travail du Britannique. Il n’en fallait pas moins pour que dès dimanche, plusieurs tabloïds, dont le Sun et le Daily Mail, s’emparent de l’histoire, sans infirmer ni confirmer l’identité de la personne filmée.

Haaretz, un des grands quotidiens israéliens, a quant à lui démenti, affirmant qu’il s’agissait bien d’un artiste britannique, mais pas de Banksy. Pour le journal, l’homme filmé à son insu est James Ame (Ame72), un autre «street artist», qui vit dans l’Etat hébreu depuis dix ans et doit aussi présenter son travail dans le coin. Mais l’intéressé n’a pas souhaité parler au journaliste…

Depuis, sur les réseaux sociaux, les théories autour de l’identité de Banksy reprennent de la vigueur. Il faut dire que l’artiste a plusieurs affaires en cours dans ce coin du monde. En plus de l’exposition de son travail, le graffeur a ouvert à la mi-mars le Walled Off, un hôtel à Bethléem face au mur de séparation qui, hormis ses fresques ironiques, possède la «pire vue du monde». Une dystopie, un genre cher au «street artist», qui ne plaît pas à tout le monde.

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Mais revenons aux différentes thèses relatives à l’identité de l’homme sur la vidéo. Pour certains, comme @NealFletcher, c’est sûr: la vidéo prouve bien qu’il s’agit de Robert del Naja. En effet, une vieille rumeur affirme que le membre fondateur du groupe Massive Attack – aussi connu sous les pseudos de 3D ou Deffo – et le «street artist» ne font qu’un. Argument de choc: à chaque fois qu’une exposition de Banksy ouvre, Del Naja est aperçu non loin de là. Mais cette fois-ci aucun signe de Deffo en Israël. La thèse d’Haaretz fait également partie de celles soutenues par d’autres, comme @Headkutter qui répond au @DailyMailUK en soutenant que «non, il s’agit de l’artiste Ame72». Et bien sûr, une armée de prétendants s’amusent à dire qu’il ne s’agit pas de Banksy sur la vidéo, puisque Banksy, c’est eux.

«C’est un homme très talentueux: arrêtez de vouloir à tout prix révéler son identité!» s’insurge Lilyy – comme bon nombre d’autres commentateurs – sur le site du Mirror. Et c’est un peu le sentiment général: la femme qui a filmé la séquence pour ensuite la proposer aux tabloïds est irresponsable, car connaître l’identité de Banksy n’a dans le fond pas d’intérêt, mais peut lui causer de gros ennuis. En effet, les graffeurs font en sorte de rester discrets puisqu’ils prennent comme support l’espace public et qu’au regard de la loi ils peuvent être punissables pour les dommages et détériorations qu’ils occasionnent.

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Alors, Banksy ou pas Banksy? Sur le compte Twitter du @DailyMailUk, un lecteur, @SamaDaMana, a tout simplement posté en guise de commentaire le gif animé d’un homme déguisé en gorille – un des leitmotivs du travail du Britannique – marchant d’un pas débonnaire et faisant un doigt d’honneur à la caméra. Peut-être la meilleure des réponses à donner à toutes ces suppositions.

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