C’est une équation complexe que François Fillon a déroulée hier après-midi à l’Assemblée nationale, devant les députés. Dans sa déclaration de politique générale, il a confirmé le plan d’austérité budgétaire pour ces prochaines années, alors que la croissance est à peine repartie en 2010. Pour le gouvernement, l’exercice qui consistera à réduire massivement et rapidement les déficits publics, sans casser la reprise, s’annonce délicat.

Le déficit atteint 7,7% du PIB. Le programme de redressement des finances prévoit, pour respecter les critères européens, de revenir à 3% en 2013, puis à 2% en 2014. Un rythme rapide pour un effort important, qui imposera non seulement la poursuite de la baisse des effectifs de fonctionnaires, mais fort probablement aussi une baisse des dépenses de l’administration publique.

L’objectif s’agissant de la dette est moins ambitieux. Elle frôle les 1600 milliards d’euros, soit un taux d’endettement de 83% du PIB. Il ne devrait pas excéder 60% pour être conforme aux exigences européennes. Là, le gouvernement ne s’avance pas sur le terrain de la réduction. Le but avoué, c’est déjà la stabilisation.

Mais le gouvernement français doit aussi s’atteler à renforcer la compétitivité du pays. François Fillon l’a martelé: la France doit continuer à investir pour l’avenir, dans l’éducation supérieure et la recherche, dans les filières industrielles et les PME, pour éviter délocalisations et désindustrialisation croissantes. Le premier ministre hier comme le chef de l’Etat une semaine plus tôt martèlent aussi qu’ils veulent poursuivre les réformes, consubstantielles à la présidence de Nicolas Sarkozy, et nécessaires pour assurer la croissance.

Le premier risque, lié au rythme d’application du programme de rigueur, c’est de casser le redémarrage de l’économie et celui de la création d’emploi, tous deux encore fragiles. Le second défi, c’est de parvenir à réformer sans ressources et sans hausses d’impôts, une promesse solennellement réitérée hier devant les députés.

Le gouvernement et le président avancent sur une ligne de crête. Leur marge de manœu­vre est étroite, mais elle n’est pas inexistante. La France a-t-elle le choix? Non. Car il y va de sa crédibilité économique en Europe, notamment en comparaison avec la vertueuse Allemagne. Il y va aussi de sa réputation sur les marchés financiers, pour ne pas voir ses efforts d’austérité réduits à néant par une hausse des taux d’intérêt qui viendrait alourdir le poids de la dette.

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