L’une des plus grandes places financières et où la capitalisation boursière est la plus élevée (par rapport au produit intérieur brut) au monde sera exclue de l’Union des marchés des capitaux (UMC). Les consultations pour la mise en œuvre de ce projet ambitieux ont été lancées mercredi et, si tout va bien, l’UMC sera opérationnelle en 2019.

Pour y participer, la Suisse doit d’abord trouver une solution à l’imbroglio sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. Pour l’heure, nous sommes loin du compte. Les négociations pour l’intégration de la Suisse au marché unique de l’électricité sont bloquées pour la même raison. La question ne se pose pas non plus sur l’accès au marché des services financiers. Dans ce cas, les négociations ne sont même pas ouvertes.

C’est quoi l’UMC? Il s’agit de la création d’un marché unique des capitaux qui vise à supprimer les obstacles auxquels se heurtent les investissements à l’intérieur des Vingt-Huit et qui empêchent les entreprises d’un pays à accéder aux capitaux dans un autre pays. Aux Etats-Unis, lorsqu’une entreprise, nouvelle ou pas, a besoin de capitaux pour se lancer ou pour financer sa croissance, elle fait appel aux marchés. En Europe, elle ferait appel à des prêts bancaires. C’est un problème: de nombreuses petites et moyennes entreprises sont en difficulté parce que les banques leur ont fermé le robinet de crédit. Si les marchés du capital-risque de l’Union étaient aussi développés qu’aux Etats-Unis, 90 milliards d’euros supplémentaires auraient été disponibles entre 2008 et 2013 pour financer les entreprises européennes.

Un marché unique abolirait aussi la disparité dans les coûts de l’emprunt pour l’investisseur. Le taux d’intérêt varie de pays à pays; il est beaucoup plus onéreux en Allemagne qu’en Grèce. Cette disparité constitue un terrible frein à l’esprit d’entreprise.

Un marché unique des capitaux avec des règles communes aux vingt-huit pays ouvrirait un horizon plus large aux Européens pour placer leur économie. A présent, les ménages privilégient les assurances et les fonds de pension (35%), les monnaies et les dépôts bancaires (33%) et seulement 10% optent pour les obligations et les actions. La Commission veut augmenter cette part, notamment par des campagnes d’informations.

L’an 2019, c’est tout de même relativement loin et d’ici là, Berne sera sans doute plus clair sur le type de relations qu’il voudra entretenir avec l’Union. Il y va, entre autres, aussi de l’avenir de la place financière suisse.

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