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Universités et SSR: fournir au pays un service public de qualité

OPINION. Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, fait un parallèle entre la production de savoirs et l’information de qualité. Deux éléments qui participent au terreau de notre construction nationale, affirme-t-il

Les universités et la SSR sont confrontées à un même défi, celui d’offrir et de partager des savoirs et des informations de qualité, indépendants, pluriels, soumis à l’analyse et permettant d’élaborer des visions à long terme. Ces savoirs et ces informations participent au terreau de notre construction nationale, celui d’un pays multilingue et multiculturel. Ce sont précisément les missions d’un service public qu’une entreprise privée aurait les plus grandes difficultés à prendre en charge et que le marché, soumis aux impératifs des analyses coûts-bénéfices directs, à court terme, n’incite pas.

Ce sont tous ces bénéfices sociaux, indirects, que le marché ne produira pas de lui-même et qui sont pourtant indispensables à la collectivité et à sa prospérité. Ce sont des externalités positives qui ne sont pas intégrées dans les éléments que le marché prend en considération pour déterminer ce qu’il doit produire, tout comme le marché ne prend pas en compte les coûts externes liés à une activité quelconque.

Vecteur de démocratie

Ainsi, pour prendre l’exemple de l’enseignement, une partie des bénéfices de la formation profite évidemment aux personnes formées mais on oublie trop souvent, parce que ces bénéfices sont intangibles, que la formation est le ferment de la cohésion sociale, un vecteur de démocratie et le meilleur rempart contre le fanatisme. Si on rendait l’accès à l’éducation payant à la hauteur du coût de sa «production», un nombre restreint de personnes y accéderait et les coûts pour la société seraient énormes. Pour paraphraser une citation bien connue, «si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance»!

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Il en va de même pour la mission de la recherche. Si les retombées de la recherche appliquée peuvent être aisément accaparées et donc financées par des ressources privées, on oublie trop souvent que les véritables innovations, celles qui sont disruptives, sont toujours issues de la recherche fondamentale qui ne peut être financée par des capitaux privés. Elle relève de la mission de service public.

S’adresser à tous

Journalistes et scientifiques poursuivent un idéal d’intelligence. Les radios et les télévisions, tout comme les universités, n’ont pas vocation à flatter nos instincts les plus primaires. Journalistes et scientifiques partagent aussi un idéal de diffusion. Celui de s’adresser à tous. Citadins ou habitants de vallées reculées, actifs ou rentiers, germanophones, francophones, italophones ou locuteurs romanches, jeunes et moins jeunes doivent avoir accès aux instruments de diffusion et ils doivent pouvoir partager des histoires et des expériences communes.

Tendre vers ces idéaux ne peut se faire uniquement par une motivation financière. Tout comme la recherche appliquée a besoin de la recherche fondamentale pour défricher de nouveaux champs de connaissance, les journalistes ne doivent pas s’intéresser aux seuls sujets qui «génèrent des clics», rentables à court terme. Tout comme les universités doivent pouvoir s’adresser à des étudiantes et des étudiants d’horizons extrêmement variés, les radios et les télévisions doivent cultiver une multitude de publics. Un exercice particulièrement difficile et délicat, pour ne pas dire impossible, si la rentabilité devient la seule mesure d’efficacité.

Souci de transparence

Il est vrai que ce débat n’aurait sans doute jamais lieu si, comme bon nombre d’autres, le financement de la SSR était pris sur le budget général des collectivités publiques. Mais la Confédération a choisi, par souci de transparence, d’en faire un émolument qui permet à tout un chacun de connaître le prix qu’il paie pour ce service. Cela manifestement en fragilise la source car la population sait combien elle économiserait (à peine un franc par jour!) en votant oui mais elle oublie tout ce qu’elle perdrait ce faisant, ce que les initiants se sont bien gardés de dire. Le réveil serait alors brutal et les alternatives inexistantes.

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Ainsi, voter non à l’initiative «No Billag», c’est défendre une Suisse qui cultive la solidarité entre les régions. Voter non à «No Billag», c’est défendre une Suisse qui promeut le débat démocratique de qualité et qui croit en son avenir.

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