Opinion

Uranium et santé humaine: silence, on extrait

L’extraction d’uranium pour l’industrie nucléaire engendre de sérieux problèmes de santé et produit en amont des quantités colossales de déchets, écrit Denis Ruysschaert, vice-président de Swissaid Genève

Les débats houleux sur les bienfaits de l’énergie nucléaire tendent à s’épuiser. Les catastrophes de Fukushima en 2011 et de Tchernobyl vingt-cinq ans plus tôt ont montré les dangers récurrents de cette source d’énergie, sonnant le glas de l’expansion nucléaire européenne. Les discussions se concentrent maintenant sur l’aval du cycle de production: l’élimination des déchets et la fermeture des centrales vieillissantes. Mais qu’en est-il de l’amont? L’extraction minière de l’uranium est un sujet éludé comme si cet élément chimique arrivait dans nos laboratoires d’apprentis sorciers par enchantement.

Dans le monde, près de 60 000 tonnes de minerai sont extraites par an. Au rythme actuel, l’extraction de l’uranium pourrait durer au mieux une petite centaine d’années. En effet, l’uranium est un élément chimique répandu, mais les gisements économiquement rentables n’existent que dans des sites précis. Cette extraction frénétique apparaît comme une hérésie au regard des résidus radioactifs qui vont eux rester des milliers d’années.

Volumes colossaux de déchets

L’extraction minière de l’uranium constitue la source la plus importante de risques pour la santé humaine sur l’ensemble du cycle d’exploitation, liés à la fois à la radioactivité et à la toxicité de l’uranium. L’extraction du minerai pose tout d’abord de sérieux problèmes de santé pour les mineurs, car la dégradation radioactive de l’uranium produit du radon, un gaz qui provoque des cancers du poumon; plus rare, l’ingestion est toxique pour les reins.

Ensuite, pour chaque tonne d’uranium extrait, il y a entre quatre et cent tonnes de déchets radioactifs. Ces déchets contiennent encore 80% des radio-isotopes initiaux, ce sont différents éléments radioactifs issus de la dégradation de l’uranium. Ils sont entreposés dans des étangs ou des champs de confinement. Mais le vent diffuse des particules radioactives sur de grandes surfaces et l’eau ruisselante contaminée s’infiltre dans les nappes phréatiques ou les ruisseaux. Ces volumes colossaux de déchets rendent ainsi non seulement de vastes étendues infertiles, mais aussi contaminent plantes, animaux et êtres humains, avec des impacts diffus sur la santé sur le long terme.

Paradoxalement Areva paye maintenant encore moins de taxes à l’Etat nigérien qu’avant

Le cas du Niger

Vu l’impact de l’extraction de l’uranium sur la santé humaine, la question de l’encadrement de la production se pose. Le Niger est un cas emblématique à cet égard. Quatrième producteur avec 7% de la production mondiale (derrière le Kazakhstan à 41%, le Canada à 16% et l’Australie à 9%), le pays a revu son code minier en 2013 et renégocié son contrat en 2014 avec Areva, le prestataire qui exploite les gisements. Les objectifs affichés sont l’augmentation des recettes pour que l’extraction bénéficie au pays, la transparence sur la gestion des flux financiers et l’atténuation de l’impact social et environnemental au niveau local.

Quel contrôle citoyen?

Paradoxalement Areva paye maintenant encore moins de taxes à l’Etat qu’avant. Dans ce contexte économiquement asphyxiant, comment l’Etat nigérien peut-il se préoccuper de l’impact sur le long terme de l’extraction de l’uranium sur la santé des populations, c’est-à-dire des personnes locales qui ne sont pas nécessairement employées par Areva? Cette question nous amène à nous interroger sur trois aspects. Sur le plan international, quelles sont les actions menées par les organisations, comme les Nations unies, pour garantir que l’extraction de l’uranium minimise ses impacts sur la santé humaine? Comment, du point de vue étatique, s’opère la surveillance de la santé publique pour analyser et remédier aux impacts de l’extraction? Enfin, en ce qui concerne la société civile, comment assurer un contrôle dans la négociation et l’exécution des contrats d’exploitation?

Sur ce troisième volet, SWISSAID Genève soutient depuis plusieurs années le Réseau sur la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB) grâce au soutien de la Fédération Genevoise de Coopération.


Ces questions seront au cœur d’un débat qui se tient le 18 octobre 2017 à 18h30 au Palais Eynard à Genève avec Ali Idrissa, coordinateur du ROTAB, Nicola Cantoreggi, Institut de santé globale de la Faculté de médecine UNIGE et Isabelle Chevalley, Vert’libéraux. Inscription obligatoire à cette adresse.


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