Le terme «d’accident électoral» a fleuri ces derniers jours dans les médias français. Nous y avons nous-même fait référence dans Le Temps pour souligner le risque de déraillement politique majeur que pourrait provoquer ce premier tour du scrutin présidentiel, pour lequel Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont, à l’heure d’écrire ces lignes, donnés favoris par les sondages.

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Cette expression a toutefois un tort: elle laisse entendre que tous les résultats ne se valent pas dans les urnes, ce qui est faux. Oui, la campagne présidentielle française a été perturbée par la guerre en Ukraine. Oui, les programmes politiques ont disparu devant les batailles de personnalités. Oui, la décision d’Emmanuel Macron de se déclarer à la dernière minute et de refuser tout débat avant le second tour a peut-être ravivé les colères. Oui, la France reste une «cocotte-minute», pour reprendre l’expression de l’hebdomadaire Courrier international. Mais l’ébullition des colères ne doit pas tromper. Justifiées ou non, celles-ci sont la réalité du pays. Le futur président devra composer avec elles. Mieux vaut donc en mesurer la teneur dans l’isoloir.

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Ce qui se passera dimanche, y compris sur le front de l’abstention, sera tout sauf un accident. Les Français sont informés des enjeux de ce scrutin, pour eux, pour leurs voisins européens, pour les démocraties occidentales engagées aujourd’hui dans un bras de fer géopolitique avec Vladimir Poutine. Ils peuvent décider de les ignorer, en imaginant possible la poursuite infinie du «quoi qu’il en coûte» budgétaire, ou en choisissant de renverser la table en votant pour des candidats radicaux. Ils peuvent se porter sur des petits candidats plus folkloriques pour signifier leur désapprobation. Soit. L’important, dans tous les cas de figure, est de savoir si le (ou la) futur(e) chef(fe) de l’Etat sera à la hauteur des enjeux. Et s’il (ou si elle) aura les moyens de gouverner, demain, ce pays si turbulent.

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Une élection est toujours un moment de vérité. Lorsqu’elle se regardera, dimanche soir, dans son miroir électoral, avant de se plonger aussitôt dans la campagne du second tour, la France devra d’abord s’accepter comme elle est. Accidentée peut-être. Mais sûrement pas accidentelle.

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