C’est passé un peu inaperçu ce mercredi à Bruxelles, caché par le projet de réforme de l’accord obsolète de Dublin sur les migrations, mais cela a tout de même été relevé comme un point important par les agences de presse: la présidente de la Commission européenne, dans son discours sur l’état de l’Union devant le Parlement européen, a fermement fustigé les «zones sans LGBT» décrétées en Pologne comme des «zones sans humanité» qui «n’ont pas leur place» dans l’UE. Elle annonce dans la foulée son intention de mettre de l’ordre dans ce chaos inégalitaire.


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«La Commission proposera bientôt une stratégie visant à renforcer les droits des LGBTQI (personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes)», a déclaré Ursula von der Leyen. «Je plaiderai en faveur de la reconnaissance mutuelle des relations familiales dans l’UE: si vous êtes parent dans un pays, vous êtes parent dans tous les pays», juge-t-elle. «Etre soi-même n’est pas une question d’idéologie. C’est votre identité. Et nul ne pourra jamais vous la retirer.» C’est pourquoi elle déplore ces fameuses «zones sans LGBTQI+» en Pologne.

En juillet dernier, l’Union européenne avait refusé des subventions européennes à six villes polonaises pour avoir adopté de telles résolutions, puis les manifestations se sont multipliées dans tout le pays en signe de solidarité après l’arrestation en août d’une militante à Varsovie. Des dizaines de participants à cette mobilisation avaient été arrêtés lors d’affrontements avec la police.

Lundi, lors d’un débat au Parlement européen, des eurodéputés avaient déjà alerté sur les atteintes aux droits des personnes LGBT dans ce pays profondément catholique, dénonçant l’homo- et la transphobie qui y règnent. Rappelons au passage qu’avant le scrutin présidentiel de juillet, les conservateurs au pouvoir avaient volontiers usé d’une rhétorique anti-LGBT. Le président Andrzej Duda, qui a été réélu, avait même assimilé ce qu’il qualifie d’«idéologie» à du «néobolchevisme».

Plus largement, signale le HuffingtonPost.fr, Ursula von der Leyen a «annoncé son intention de présenter un plan d’action contre le racisme et les crimes de haine, qu’ils se fondent sur la race, la religion, le genre ou la sexualité», après qu’à la mi-août on «s’est alarmé de la persécution croissante des LGBTI en Pologne et des défenseurs des droits humains intervenant contre la discrimination à leur encontre»…

… L’Onusida évoque des informations faisant état de ciblage et d’arrestation de militants LGBTI alors qu’ils exercent pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression et d’association, […] ainsi que des violences policières

Pour le magazine Têtu, on a enfin eu «un discours fort» sur la question. Un discours «attendu de longue date après un silence inquiétant». Ne reste qu’à transformer les paroles en actes pour les députés particulièrement actifs en la matière: «The time for words is over. We need you to act», a notamment tweeté la coprésidente de l’intergroupe LGBTI ouvertement lesbienne Terry Reintke, également eurodéputée, qui «a mis en avant une plateforme de soutien européen aux personnes LGBT+. Cette plateforme permet de centraliser des informations et des dons pour des associations» dédiées en Pologne:

«J’aime mon pays et ça m’a brisé le cœur de devoir le quitter. Il y a six ans, je m’y sentais en sécurité, mais plus maintenant»: «Piotr Grabarczyk, célèbre blogueur polonais de 31 ans, a fui la Pologne avec son compagnon, ils se sont installés à Barcelone», avait indiqué Ouest-France à la fin du mois d’août. Joanna Mizielinska, psychologue spécialisée dans les questions de familles LGBT, y déplorait aussi «une recrudescence des actes homophobes, encouragés par le gouvernement. Les politiques ne considèrent même pas les personnes LGBT comme humaines», disait-elle.

La Pologne, dans le collimateur de Bruxelles sur les questions d’Etat de droit, est sous le coup d’une procédure déclenchée par la Commission européenne en décembre 2017 pour risque de «violation grave» des valeurs de l’UE, qui peut en théorie mener à des sanctions mais qui, en pratique, n’avance pas: pas d’amendes ni coupes dans les subventions que réclament certains parlementaires. Les réformes de la justice polonaise ont notamment été condamnées à plusieurs reprises par son homologue européenne pour atteinte à l’indépendance des juges.


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