Bien dormi? Réveillé tôt, ce matin, vous, les sportifs qui s’ignorent sur leur canapé? Saviez-vous que lorsque «Usain Bolt a sprinté vers l’or sur 100 mètres en moins de 10 secondes» à Londres il y a quatre ans, «il avait brûlé moins de 30 kcal»? Et ce, même si le chiffre «n’inclut ni l’entraînement ni les minutes après la course où le métabolisme des coureurs s’accélère», expliquait The Economist, cité par Courrier international il y a à peine quelques jours. «En comparaison, vous perdez plus que ça en étant assis dans une réunion de 15 minutes.» Conclusion: «S’il est facile de se sentir coupable en admirant les exploits des sportifs olympiques depuis son fauteuil, ce n’est pas pour autant qu’il faut avoir mauvaise conscience.»

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On a donc bien fait de se lever: la preuve par ce graphique, que l’on pourrait parfaitement appliquer au scénario «cousu de fil blanc» qui s’est déroulé ce dimanche à Rio – selon la formule de la RTS. Le Jamaïcain y «a surmonté un départ plus que moyen, au point de prendre l’ascendant dans un final ébouriffant pour devenir le premier homme à remporter trois fois la finale de l’épreuve reine du sprint aux JO», à en croire le «décryptage d’une course déjà entrée dans la légende» auquel s’est livré le site de France Télévisions.

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«Et de trois», donc. Un «règne sans partage», résume Le Monde. Et «comme à son habitude, le chouchou du public n’a jamais semblé inquiet. Il s’est même montré d’une insolente facilité. […] Le showman a aussi régalé de ses facéties la foule qui l’ovationnait.» Il est vrai que «c’est du jamais vu dans l’histoire de l’athlétisme et ça ne pouvait être que l’œuvre du plus grand sprinteur de tous les temps», se régale Radio France internationale.

«Et maintenant, le 200 mètres, «son» épreuve reine», ajoute-t-elle. Il y a tout lieu d’y croire encore, car si «ces dernières années, l’avance d’Usain Bolt sur la concurrence avait fondu régulièrement, […] à Rio, il a repris le large une nouvelle fois. Plus d’une heure après sa victoire, le Jamaïcain répondait encore aux questions des journalistes, s’arrêtant devant chacun d’entre eux, tout en saluant les dizaines de spectateurs énamourés encore agglutinés près de la zone presse.»

Serait-ce que cet extraterrestre est une «énigme pour la science», comme semble le penser Guillaume Rao dans Paris Match, un chercheur en biomécanique et maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille. Car «c’est plutôt accrocheur de dire qu’Usain Bolt est inexplicable. Mais il y a une part de vrai. Affirmer que l’on a tout compris sur Bolt serait ambitieux et présomptueux. On sait décrire ce qu’il parvient à faire mais on a peu d’explication réelle sur d’où ça vient. Par exemple, on ne connaît pas le détail de ses fibres musculaires ni de ses tendons, deux éléments primordiaux en biomécanique. Les changements de son corps, dus aux heures d’entraînement et à sa génétique unique, sont également difficilement mesurables.»

Alors «peut-on tout se permettre quand on est le roi» des fibres et des tendons? se demande Le Journal de Montréal. Car il y a quand même un bout de polémique dans cette success story,. Une polémique du genre «attrape-moi si tu peux». Celle-ci a démarré dimanche après-midi lorsque Sa Majesté, «après avoir pris la tête de la course en demi-finale du 100 mètres […], s’est permis de regarder à droite, puis à gauche, pour voir où en étaient ses adversaires. C’est à ce moment que fut prise cette photo plutôt impressionnante»:

«Bien que tout le monde s’entende sur le fait que l’esthétisme de cette photo est indéniable, les internautes sont partagés», constate le journal québécois. Plusieurs d’entre eux, en fait, «reprochent au coureur jamaïcain d’avoir arrêté de courir après s’être rendu compte qu’il dominait la course, et d’être passé en mode jogging en affichant un sourire narquois». Reste que ce peut aussi bêtement être un sourire de victoire, mais le débat reste ouvert… On ne sait jamais très bien ce qu’il faut penser des attitudes de ce diable d’homme:

Et maintenant? Le Jamaïcain «compte remporter encore le 200 m et le 4 x 100 m pour passer dans une autre dimension», écrit L’Equipe. En conférence de presse après la course, «pointant du doigt les quatre coins de la salle comme s’il en connaissait tous les occupants», il a «propagé sa bonne humeur et ses bons mots». Car «trois triplés, ce serait grand, personne ne l’a fait ni même tenté. Ce 100 m, c’est un bon début. Il y aura toujours des sceptiques. Mais je suis en meilleure forme que la saison dernière. Je suis toujours confiant concernant le 200 m. Le 100 m est l’épreuve la plus dure pour moi», dit-il.

Bolt, qui s’était modestement qualifié de «légende vivante» après son succès sur 200 m aux Jeux de Londres, «a ensuite été questionné sur le qualificatif qui lui irait le mieux après cette nouvelle médaille d’or». Et qu’a-t-il répondu, le dieu du stade? «Quelqu’un avait dit que je pouvais devenir immortel en cas de triplé. Encore deux médailles et ce sera fait: immortel.»


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