Revue de presse

La vacance de Monsieur Hulot agite les médias étrangers

Le départ du ministre français de la Transition écologique retentit au-delà des frontières de l’Hexagone. La presse souligne la frilosité politique de nos voisins en matière de protection de l’environnement

«Je ne veux plus me mentir», a-t-il dit. On le sait, faute d’obtenir des avancées suffisantes en matière d’environnement, le populaire ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a donc jeté l’éponge mardi. Toute la presse française s’accorde pour constater que c’est là un coup dur pour le président, Emmanuel Macron, qu’il n’avait pas prévenu de sa démission. Mais les médias des autres pays? A l’instar du Soir de Bruxelles, pour lequel il est «presque permis de douter que ce grand tourmenté en conflit permanent avec sa conscience» ait «averti son for intérieur»?

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Cela paraît clair aujourd’hui: il voulait «un changement de paradigme» dans le domaine environnemental en France, pour le quotidien belge, relayé par Courrier international. Si le président et le premier ministre «n’avaient de cesse de le cajoler» depuis de longs mois pour tenter d’éviter la rupture, «ce n’était pas de câlinothérapie» dont il avait besoin. Il déplorait simplement «le manque de volonté du chef de l’Etat sur les sujets environnementaux», selon l’agence Bloomberg.


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Voilà pour l’essentiel. C’est, au premier chef, «une claque» pour le président français, écrit la Neue Zürcher Zeitung. Mais il y a aussi ceux qui arrivent «à ramener l’immigration dans le débat», s’amuse LeMatin.ch, comme l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui a déclaré sur France Culture: «Qu’il y ait Monsieur Hulot ou pas, la question de l’immigration est centrale. Qu’il y ait Monsieur Hulot ou pas, la question du montant des impôts qu’on paie est centrale. La question «Est-ce que les Anglais sont des Européens ou pas?» est centrale.»

En attendant de trouver des réponses aux questions «centrales» de l’ancien locataire de l’Elysée, il faut tout de même dire, comme le fait L’Echo en Belgique, que la feuille de route de Nicolas Hulot – dont Sciences et Avenir donne toutes les étapes importantes – «n’est pas jalonnée d’échecs»: «Le ministre peut s’enorgueillir entre autres de l’abandon de la construction de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, de la fin de la production des hydrocarbures et de l’inscription à venir de l’impératif environnemental dans l’article premier de la Constitution. Bien de ses prédécesseurs s’en seraient largement satisfaits. Mais le ministre avait beaucoup plus d’ambition et d’espoirs.»

Dans la Tribune de Genève et 24 heures, le nouveau correspondant des quotidiens romands de Tamedia à Paris, l’ex de la RTS Alain Rebetez, est confronté à sa première actualité importante en France et fait ce «cruel constat»: «Tout en couvrant Emmanuel Macron d’une tendresse et d’un respect non feints, Nicolas Hulot révèle l’incapacité qu’ils ont eue à dégager une voie commune, ou même plus simplement une direction commune entre libéralisme et transition écologique. Les petits pas, les succès modestes qui en annoncent de plus retentissants ne sont qu’un cache-misère, estime Nicolas Hulot.» Ce que pensait aussi, mardi soir dans le Forum radiophonique de La Première de RTS, Dominique Bourg, professeur de géosciences à l’Université de Lausanne, après ce «coup de tonnerre chez Jupiter»:

A cela, «l’Elysée oppose des louanges outrancières: jamais on n’en a tant fait! Nicolas Hulot peut être fier et seule son impatience le trahit… Peut-être. Mais l’impatience met à nu des logiques profondes que le jeu politique a tendance à occulter», conclut Rebetez. D’où la «frustration» de l’intéressé, relevée par la BBC et par Die Welt, qui montre par ailleurs «les tensions régnant au sein de la coalition macronienne», aux yeux du Wall Street Journal. Pas facile d’y intégrer ce «personnage atypique, populaire au-delà des divisions idéologiques et issu de la société civile» tel que le décrit El País, à Madrid.

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