Charivari

Les vacances d’été, la vague à l’unisson

OPINION. Partir au chaud en hiver? Bilan carbone oblige, cette ruse appartient au passé. Tant mieux pour le rituel des congés payés, se réjouit notre chroniqueuse!

«Aller à la mer en été? T’es folle! Je laisse ça aux familles qui vont faire les sardines sur les plages de la Méditerranée. Moi qui suis libre comme l’air, je pars au soleil en février, quand on n’en peut plus du stratus et que tout le monde a envie de se suicider.»

Longtemps, j’ai applaudi ce choix de certains de mes amis sans enfants, qui me semblait d’une logique indiscutable. D’autant que Genève et Lausanne sont des villes formidablement calmes et dépeuplées en été, offrant, en plus de cette quiétude, des friandises festives par brassées. En plus, question travail, ceux qui restent au bureau en juillet-août sont rarement dévorés par le stress à l’œuvre le reste de l’année… Dès lors, les petits malins adeptes des tropiques en hiver m’ont toujours semblé briller en alignant ainsi deux étés.

Et le bilan carbone, alors?

Mais cette fascination appartient au passé. Déjà, quelle que soit la saison, prendre l’avion pour une destination très lointaine et très exotique n’est plus du tout tendance. Le bilan carbone de l’opération pèse tellement sur les épaules du vacancier qu’il risque la migraine avant de pouvoir se relaxer. Donc, pour qui veut des flots et du chaud, l’été – et le train – l’emportent naturellement sur l’hiver.

La pause rituelle

Ensuite et surtout, les vacances d’été ont une fonction collective qui ne peut pas être balayée à coups de logiques individuelles. Gagnés de haute lutte en 1936, les congés payés ont inscrit en Occident une pause estivale qui répare la société. C’est le moment où l’on peut fixer ses doigts de pied de manière obsessionnelle sans que rien ni personne ne vienne nous semoncer.C’est le moment joyeux d’apéros improvisés et prolongés, de viandes ou tofu grillés.

C’est le moment aussi des lectures massives, les pavés de l’été, ceux qu’on soulève pour trouver des merveilles de sens dessous. C’est le moment du rêve précis au son vague des vagues, ou inversement… Et c’est, pour certains, si, si, le moment d’exploits physiques – nage, marche et records en tout genre.

Lire aussi: Les vraies vacances? Une semaine sans portable!

Bref, c’est le moment sacré où chacun se reconnecte avec ce qu’il est. Et parce qu’elle est sacrée, cette parenthèse est une sorte de rituel qui scande la société. La preuve? De retour des plages ou des sommets, on a une seule et unique envie: partager et prolonger avec les autres adeptes ces sensations (a)dorées. Bien sûr, on peut très bien s’échapper en novembre ou en février et savourer ces moments volés à la grisaille des cités. Mais partir à la plage en hiver, n’est-ce pas comme fêter Noël en juillet? Belles vacances d’été à tous!


Chronique précédente:

Trop gentils, les défilés des femmes de vendredi?

Publicité