La vie à 25 ans

Les vacances, ces lucarnes sur l’existence

OPINION. S’engager dans la vie active, c’est aussi renoncer aux «grandes vacances». Mais s’il ne nous reste que quelques maigres semaines pour souffler cet été, profitons-en pour faire le bilan, suggère notre chroniqueuse

Si vous avez la vingtaine bien entamée et renoncé aux joies d’enseigner, vous faites peut-être encore, comme moi, le deuil de vos «grandes vacances». Ah, ces fameux deux mois de congé, entre le dernier examen et les balbutiements de septembre… Autant dire un boulevard de liberté, fait de matins indolents et de soirées orangées, ponctué de petits jobs d’été, qui semblait s’étaler à l’infini. Un luxe aussi, dont les jeunes sont rarement conscients – mais leur dire d’en profiter serait légèrement superflu.

Traînasser des heures…

Trois ans après avoir troqué les bancs universitaires pour les chaises à roulettes de l’open space, ces grandes vacances me manquent toujours autant: traînasser des heures sans culpabiliser, s’embarquer dans une escapade spontanée, ne pas compter les jours qui nous séparent de l’incontournable tri des e-mails… Surtout, ce long hiatus nous permettait d’appuyer sur pause. Et de faire le point.

Ce qui nous arrive rarement le reste de l’année, pris comme nous sommes dans le tourbillon des horaires, des corvées administratives, de la routine. Et ça ne va pas en s’améliorant: à partir de 20 ans, le temps passe de plus en plus vite, dit-on. Je confirme. Les semaines défilent, les mois s’éclipsent et pouf, on se retrouve en décembre à se demander ce qu’on a bien pu faire de l’année écoulée. C’est parce que, contrairement aux enfants, on ne vit plus de premières fois mémorables, avancent les scientifiques.

Le carrousel va-t-il trop vite?

Suis-je la seule à trouver que le carrousel va trop vite? A avoir l’impression de regarder mon existence défiler, yeux ronds et bras ballants? «La vie qui n’est pas questionnée ne mérite pas d’être vécue», affirmait Socrate dans l’Apologie. Disons en tout cas qu’un entracte est salutaire. Pour prendre du recul et se demander – vraiment – qui on est, si cette personne-là nous plaît. Pour s’assurer qu’on ne s’est pas perdu en route et, si tel est le cas, amorcer un changement de cap. Et pour ça, il faut du calme, du temps devant soi et surtout, rien à l’agenda.

Certes, les adultes actifs que nous sommes ne disposent plus de trois mois entiers pour philosopher. Mais rien ne nous empêche d’aménager, entre deux week-ends express à l’étranger, des moments seuls avec nous-mêmes. Au crépuscule sur le balcon, en promenade au bord du lac… Histoire de mettre le champ fatigué en jachère et mieux y semer toutes les choses qu’on veut cultiver. Permettez-moi donc de vous souhaiter de bonnes vacances, aussi courtes soient-elles. Et surtout, que l’accalmie soit fertile!


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