Le débat sur l’accès aux vaccins contre le Covid-19 a pris une nouvelle tournure après l’élection lundi de Ngozi Okonjo-Iweala à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle rejoint une autre voix forte à Genève, celle du directeur de l’Organisation mondiale de la santé Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui demande aussi que le vaccin soit disponible en quantités suffisantes et à un prix abordable pour tout le monde. Selon un décompte de l’Université d’Oxford, seules 175 millions de personnes ont reçu au moins une dose contre le covid à la date du 15 février alors que la planète compte 7,7 milliards d’habitants. Trois quarts des vaccinations ont été effectuées dans seulement dix pays.

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A peine élue, l’ancienne ministre nigériane a martelé que la lutte contre la pandémie devait passer par l’OMC. C’est justement à cette instance-là que des pays en développement demandent une dérogation temporaire aux règles sur la protection de la propriété intellectuelle. Objectif: produire et distribuer massivement des vaccins et atteindre une immunité collective.

Dialogue de sourds

A ce stade, c’est un dialogue de sourds qui s’est installé entre les pays demandeurs et ceux qui abritent des entreprises pharmaceutiques. Ces derniers – Suisse, Union européenne, Etats-Unis, Japon – mettent en avant le fait que la recherche et le développement de médicaments et de vaccins requièrent des dépenses massives et que, sans la protection de la propriété intellectuelle garantissant un retour sur investissement, il n’y aura point d’innovation.

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Ngozi Okonjo-Iweala prendra ses fonctions le 1er mars à point nommé. Car, le même jour, les Etats membres de l’OMC reviendront sur la demande de dérogation temporaire concernant les brevets. Avant son élection, elle affirmait avec force que la santé des populations devait passer avant les intérêts commerciaux. Mais, désormais à la tête de l’OMC où les décisions sont prises par consensus, sa marge de manœuvre s’est franchement rétrécie.

La directrice élue de l’OMC va sans doute réaliser où sont ses limites. C’est probablement pour cette raison qu’elle a cité en exemple la multinationale AstraZeneca, dont le vaccin a obtenu le feu vert de l’OMS. Sera-ce un modèle dans la lutte contre le Covid-19? Le groupe anglo-suédois a vendu son savoir-faire à plusieurs entreprises, notamment en Inde, afin de produire des vaccins à grande échelle. Et de surcroît, il s’est engagé à ne pas faire de profit sur son vaccin.

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