Nouvelles frontières

Et le vainqueur de la guerre commerciale est…

OPINION. La guerre tarifaire entre les Etats-Unis et la Chine est un jeu perdant-perdant, confirme un rapport de la Cnuced. Même si certains en tirent momentanément profit, écrit notre chroniqueur Frédéric Koller

Dans une guerre commerciale, enseigne la théorie économique, il ne peut pas y avoir de vainqueur. On se fait mutuellement mal, on perd des parts de marché dans les deux camps et au final ni les entreprises ni les consommateurs n’y trouvent leur compte. C’est du perdant-perdant. C’est donc sans surprise qu’un rapport publié cette semaine par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) conclut que les hostilités commerciales déclenchées par Donald Trump contre Pékin affectent négativement l’économie des deux pays. Depuis un an, les Etats-Unis importent moins de produits chinois. Mais ils en exportent également moins vers la Chine.

Il n’y a toutefois pas que des perdants dans cette histoire. Certains pays tirent leur épingle du jeu grâce au transfert de production des produits chinois taxés. Le principal d’entre eux est Taïwan (décrit comme une province chinoise dans les documents de l’ONU). Durant le premier trimestre 2019, l’île a profité d’un gain d’exportation vers les Etats-Unis de 4 milliards de dollars. La Cnuced estimait que l’Europe pourrait être la grande gagnante de ce jeu. Il n’en est rien, l’effet restant limité, avec 2,7 milliards pour l’ensemble de l’UE. Les autres bénéficiaires sont le Mexique, le Vietnam, la Corée du Sud ou le Canada. Pour la Cnuced, ces gains ponctuels ne compensent toutefois pas l’impact global de cette guerre sur l’économie mondiale qui est clairement négatif.

Taïwan remporte la mise

S’il n’y a pas de vainqueur économique, qu’en est-il sur le plan politique? Donald Trump avait promis de rééquilibrer la balance commerciale – ultra-déficitaire – avec la Chine. C’est raté. Il avait aussi promis de rapatrier des emplois aux Etats-Unis. Là aussi cela semble compromis. «Je ne vois pas cela, a expliqué Alessandro Nicita, l’économiste de la Cnuced qui présentait le rapport jeudi à Genève. Pour cela il faudrait des mesures protectionnistes bien plus vastes et la guerre tarifaire n’est pas le meilleur moyen d’y parvenir.»

En termes électoraux, on peut faire mieux

Le coût de cette guerre commerciale est en partie reporté sur les consommateurs américains qui voient leurs produits importés de Chine renchérir. Ou alors ce sont les entreprises d’importations qui payent l’ardoise. A l’inverse les producteurs agricoles – électorat clé pour Trump – sont à la peine, Pékin les ayant ciblés en particulier. En termes électoraux, on peut faire mieux. Il est par contre vrai qu’une partie de ces taxes a dû être compensée par les entreprises chinoises visées, forcées de baisser leurs prix (8% en moyenne) pour rester concurrentielles. «Les Etats-Unis gagneraient si les entreprises chinoises absorbaient tous les coûts. Mais ce n’est pas ce qu’on observe», précise Alessandro Nicita.

Vaine gesticulation?

Reste alors une question: comment se fait-il que l’économie américaine reste florissante si elle pareillement affectée par cette bataille des taxes? Tout simplement parce que les montants en question sont finalement dérisoires en regard de la taille de l’économie américaine. Le commerce représente 25% de l’économie américaine. Sur ces 25%, les échanges avec la Chine ne sont qu’une fraction. On parle en définitive de quelques dizaines de milliards en moins pour l’économie américaine. «Même si les échanges économiques avec la Chine disparaissaient, ce ne serait pas si énorme pour les Etats-Unis, poursuit Alessandro Nicita. Même si, bien sûr, il y aurait des effets négatifs pour les exportateurs et les consommateurs.»

Faut-il comprendre que ce bras de fer tarifaire n’est qu’une vaine gesticulation de Donald Trump face à la Chine? Certainement pas. La bataille tarifaire n’est en fait que le symptôme le plus visible d’une confrontation bien plus systématique qui prend inévitablement forme entre les deux principales puissances économiques de ce siècle.

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