Souvent, pour s’amuser, les Valaisans s’évertuent à passer pour gaillards et cabochards. Pourtant, à observer la campagne électorale, leur gouvernement n’a jamais paru si chétif. Ses victoires ressemblent à des compromis techniques qui tentent de concilier les intérêts de chacun à force de savants calculs. Si elles apportent des réponses précises à des problèmes immédiats, elles manquent d’audace et d’ambition. A force d’étudier leurs dossiers ou de s’embourber dans leurs chantiers, les ministres d’aujourd’hui ont échoué à dessiner le Valais de demain.

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Désormais, plusieurs fortes têtes briguent un siège au gouvernement. Ces dernières années, Christophe Darbellay et Stéphane Rossini ne se sont pas privés de critiquer la faiblesse d’un gouvernement resté muet pendant que les affaires Giroud ou Cleusix gangrenaient le climat politique. Ils avaient à y gagner, mais ils n’avaient pas tort. Les conseillers d’Etat ne peuvent pas se borner à la gestion de leurs affaires courantes, ils ont parfois le devoir de faire de la politique.

Au nom de la collégialité, les ministres se sont souvent murés dans le silence, suivant leur administration comme s’ils n’avaient pas d’avis. Ils n’ont pas même osé dire qu’ils espéraient enterrer la ligne à très haute tension qui doit traverser la vallée du Rhône, alors que le canton entier semble unanime sur la question. Touristiques ou hydroélectriques, les modèles économiques qui ont métamorphosé le Valais sont menacés. Il faudra des personnalités fortes pour affronter ces changements de paradigmes.

Pendant presque quatre ans, seul Oskar Freysinger a osé élever la voix. Désormais, il grossit les rangs de ceux qui pestent contre ce Conseil d’Etat dont il passait pourtant pour l’homme fort. En oubliant que les élections majoritaires sacrent des personnalités plus que des formations politiques, il réclame même une «majorité programmatique» qui lui permettrait de décider de tout. Mais la monarchie a vécu, et le Valais est plus multiple que ce pays où ne coexistent, selon lui, que des conservateurs majoritaires et des gauchistes minorisés.

Oskar Freysinger semble plus fort que jamais. Il dicte la campagne, sans laisser personne indifférent. De très nombreux électeurs voteront pour ou contre lui, et il sera sans doute réélu. Mais ses colistiers n’ont manifestement pas l’envergure de la fonction. Le Valais mérite un gouvernement qui préfère cumuler des compétences plutôt que d’incarner des sensibilités géographiques ou des tendances idéologiques. Comme le ministre UDC, Christophe Darbellay et Stéphane Rossini doivent y participer.

Ces prochaines semaines, les Valaisans découvriront peut-être que les progressistes de droite ou de gauche avancent aussi des personnalités crédibles. En attendant le jour où ils pourront voter pour une femme forte, aujourd’hui absente du casting électoral.