éditorial

Valaisan, mais journaliste

OPINION. Le boycott décrété par le FC Sion contre «Le Nouvelliste» n'a pas lieu d'être. La critique est indispensable. Christian Constantin doit l'accepter, au nom de la liberté de la presse

Comme pour tout Valaisan fan de football, le FC Sion est mon club de cœur. Il m’a fait vivre des émotions que je n’oublierai jamais, comme ce but, en 2009, de Guilherme Afonso à la 88e minute de la finale de Coupe de Suisse face à YB, synonyme de victoire 3 à 2. Le club valaisan soulevait alors le trophée pour la onzième fois en autant de participations à la finale.

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Si ces émotions sont moins intenses depuis quelques saisons, au même titre que ma présence au stade de Tourbillon, le FC Sion demeure ce club si particulier à mes yeux. C’est cette singularité qui me met dans une situation inconfortable. Faut-il continuer de soutenir un club qui bafoue les principes les plus élémentaires de mon métier? Ce FC Sion, dont le président a décidé de boycotter Le Nouvelliste sous prétexte que le regard que porte, dans ses chroniques, le rédacteur en chef du quotidien valaisan ne lui convient pas?

Si j’ai choisi aujourd’hui de défendre la profession, ce n’est pas par corporatisme. Mais parce que, même quand cela concerne le club que j’aime, la critique est nécessaire. Indispensable même. Elle fait partie intégrante du métier de journaliste et Vincent Fragnière, rédacteur en chef du Nouvelliste, fan de football et sans doute même du FC Sion, a le droit de donner son avis sur le club phare du canton dont il pilote le principal média. Son poste et sa connaissance du football, après des décennies passées à arpenter les terrains des ligues inférieures, sont autant de légitimations.

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Cette réalité, Christian Constantin ne semble pas l’avoir intégrée. Pour l’homme fort de Tourbillon, se voir offrir un droit de réponse aux chroniques de Vincent Fragnière – ce qui se fait dans des conditions très précises, mais non réalisées ici – serait normal, sous prétexte de liberté de la presse. Il l’imagine volontiers au travers d’une page hebdomadaire dans Le Nouvelliste, réalisée intégralement par son service de communication.

Avec cette proposition, Christian Constantin, souvent épargné par Le Nouvelliste, ne montre-t-il pas que le problème n’est pas le média, mais la critique, qu’il supporte mal, au point de vouloir maîtriser toute communication? On se souvient qu’il y a quelques années, pour ces mêmes raisons, un partenariat entre la chaîne de télévision locale Canal9 et le FC Sion n’avait pas été renouvelé.

Christian Constantin sait jouer avec les médias et les avoir à ses côtés quand il en a besoin. Il doit accepter qu’ils fassent leur travail, quand tout ne tourne pas rond au FC Sion. C’est cela, la liberté de la presse.

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