Editorial

Quelle est la valeur ajoutée du journalisme?

Les médias ont du pain sur la planche. Ils doivent continuer à jouer leur rôle de contre-pouvoir tout en ranimant la nécessité de créer du lien social. A l’occasion des discussions de Couthures, notre éditorial

Ces jours à Couthures, dans le sud-ouest de la France, se tiennent le Festival du journalisme vivant. L’événement, dont Le Temps est partenaire, comprend de nombreux «Ateliers de Couthures» dans lesquels se discute l’avenir du journalisme, les grands enjeux des médias.

Nos articles à ce propos:

Quelle est la valeur ajoutée du journalisme? Dans une époque d’explosion du nombre et de la diversité des messages, la question peut déstabiliser n’importe quel rédacteur en chef. Chaque jour, des élus, des dirigeants de tous types d’institutions ou de simples citoyens expriment leurs opinions, font leur promotion à travers les réseaux sociaux et mettent au défi les intermédiaires de prouver leur utilité sociale. Les prescripteurs devenus influenceurs ne rêvent que d’une chose: se passer de médias.

Du côté des lecteurs, la situation n’est guère plus rose. Bonne nouvelle, le métier fait encore souvent rêver une jeune génération avide d’infos, les audiences en croissance des sites d’information le démontrent. Mais bien peu parmi les millennials considèrent le journalisme comme indispensable au point de payer cette prestation. Ces consommateurs sélectionnent sur le Web leurs sources d’information de manière très sectorielle, en fonction d’intérêts géographiques ou thématiques, et font la part belle aux contenus réalisés par des passionnés plutôt que par des professionnels. A l’opposé de leurs aînés, ils ont du mal à s’accrocher durablement à des marques traditionnelles de médias offrant un contenu de qualité et généraliste. Le journalisme va-t-il bientôt se confiner à une audience âgée, chérissant des valeurs qui ne parlent plus aux autres générations? Ce serait un échec.

L’affaire est ancienne et les crises du journalisme sont multiples. Mais c’est bel et bien la crise générationnelle qui semble la plus grave, car les médias répondent imparfaitement à ces nouveaux clients très versatiles. Aux professionnels de réinventer perpétuellement leur manière de raconter des histoires et de comprendre le cadre de référence de leurs jeunes audiences. Un journaliste aguerri sera ainsi souvent déstabilisé par un confrère arrivé fraîchement dans le métier, qui sera moins regardant sur la séparation claire entre contenus éditoriaux et publicité, mais plus attentif à la manière dont les médias traitent certains sujets tenant à cœur à sa génération, comme le respect des minorités par exemple.

Les journalistes ont du pain sur la planche. Ils doivent repenser «ce qui mérite (vraiment) d’être publié», continuer à jouer leur rôle de contre-pouvoir et se rappeler aussi qu’ils doivent créer du lien social. En Suisse, le rôle des médias généralistes devient ainsi crucial. Dans une époque de fragmentation des intérêts, l’idée de faire prospérer la diversité culturelle – sans remettre en cause les valeurs de cohésion – paraît plus importante que jamais.


Pour suivre les «Ateliers de Couthures»: http://les-ateliers-de-couthures.fr/

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