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Valls, Macron: le boxeur furax contre le tennisman décontracté

Les deux hommes ont développé un langage du corps radicalement différent qui dit aussi quelque chose de leur rapport au pouvoir. Quand le premier a l'index menaçant, l'autre décoche un sourire désarmant. 

Ils étaient pourtant proches au début. Tous deux jeunes, ambitieux, charismatiques, incarnant cette gauche décomplexée qui allait réformer la France. Mais voilà, l’exposition au pouvoir a usé l’aîné alors qu’il a mis le cadet sur orbite.

Toujours plus bas dans les sondages, plombé par François Hollande et ringardisé par Emmanuel Macron, Manuel Valls est coincé. Il lui reste l’arme des faibles: démolir le projet de son concurrent. Ainsi juge-t-il «absurde» le mouvement lancé par le ministre de l'Economie, «En marche», estimant qu’on ne peut pas dépasser le clivage droite-gauche. Il pensait exactement le contraire en début de mandat.

La stratégie du coucou

De son côté, Emmanuel Macron ne rate pas une occasion de se démarquer d’un premier ministre paralysé, devenu malgré lui le gardien d'une gauche dont plus personne ne veut. Du coup, à la manière d’un gentil coucou, Macron s’est installé dans le rôle laissé vacant par son aîné, celui du leader qui viendra «à bout des anticorps au changement.»

Mais il y a autre chose qui les différencie. Leur «body language» comme on le disait dans les années 90. Tapez leur nom sur «Google Images» et observez. Près de 80% des portraits de Manuel Valls le montre en colère, les sourcils froncés, les narines pincées, la bouche à l'envers et le cou congestionné dans des cols trop serrés. A l’inverse, Emmanuel Macron apparaît décontracté, malicieux, toujours souriant, cool dans ses costards, un peu comme un tennisman en vacances.

Rejet ou adhésion épidermique

Bien sûr, les images ne disent pas forcément la vérité. Elles révèlent néanmoins quelque chose du rapport au pouvoir: péremptoire chez Valls, négociateur chez Macron. Le premier a l’index menaçant quand le second décoche un sourire désarmant. Valls est un boxeur sourd aux coups de gong, Macron un judoka qui utilise la force de son adversaire. Valls veut imposer par le haut ce qu’il croit bon pour la France; Macron, en libéral tranquille, laisse venir: «Je n’ai aucune promesse à faire à la jeunesse. Elle doit faire la France qu’elle veut.»

Signé Furax

Pour utiliser un langage devenu universel, et parce qu’une élection relève aussi parfois d’une adhésion ou d’un rejet épidermique, Valls serait l’émoticône toute rouge «Ça me fâche» et Macron le smiley à clin d’œil. Pour qui voteriez-vous? Le furax ou le relax?

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