Est-ce le film qui a vieilli ou est-ce nous qui sommes devenus vieux? Les Valseuses, de Bertrand Blier, tiré de son roman, se prête particulièrement bien à l’exercice de la relecture. Non seulement parce qu’il est un des témoignages les plus pertinents de ce que fut la France post-68 – un gouffre avec aujourd’hui – mais aussi parce que le film lui-même révèle sa bipolarité: une vitalité juvénile intacte, mais aussi un petit côté «vieux con».

Road-movie picaresque de deux délinquants «à la fraîche» qui tuent le temps en commettant combines, petits larcins et rencontres improbables, Les Valseuses (1973) aurait peu de chance d’être produit aujourd’hui: dialogues trop crus (mais cultissimes), scènes sexuelles à combinaisons multiples, liberté de les vivre au-delà de la morale et plaisir rabelaisien à appeler un chat un chat. Tout ce qui exprime l’esprit hédoniste de 68 est, et reste, une des grandes réussites du film. Le «On est pas bien, là?» à répétition de Depardieu résonne comme un mantra de la «French coolitude».

En 2016, en revanche, la révolution sexuelle rêvée par Bertrand Blier se révèle assez rétrograde, voire misogyne: les femmes ne peuvent être révélées que par les hommes et le harcèlement sexuel est montré comme un pied de nez à la bien-pensance bourgeoise. Harceler est une manière d’être libre, et de toute manière, elles n’attendent que ça! On n’est pas loin du libertinage «made in Baupin». Effet heureusement contrebalancé par une scène de triolisme menée par une Jeanne Moreau majestueuse et le réveil de Miou-Miou qui passe du statut de poupée gonflable à celui de sujet, après avoir découvert le plaisir.

Entre hommes, le consentement mutuel en revanche est exigé. Depardieu voudrait bien, mais Dewaere lui dit non. Ce qui nous vaut une belle scène de sublimation, celle où les grosses mains de Gégé shampouinent avec délicatesse la tignasse de son ami.

Culte, le film l’est aussi par la perfection de son casting. Le duo Dewaere-Depardieu est d’une évidence absolue, Miou-Miou d’un naturel confondant et Isabelle Huppert, dont c’était la première apparition à l’écran, déjà d’une troublante étrangeté. Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot et Sylvie Joly sont également crédités au générique. Les Valseuses, c’est aussi ça: la naissance d’une génération d’acteurs.


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