On y pénètre par un imposant dôme de verre – dessiné par l’architecte japonais Kisho Kurokawa et inauguré il y a un an et demi – qui laisse magnifiquement pénétrer la lumière. A Amsterdam, le Musée Van Gogh abrite un quart de la production de l’artiste néerlandais, qui n’a peint qu’une dizaine d’années. Je l’ai visité pour la première fois, et se retrouver face à des toiles aussi fameuses que «Le Fauteuil de Paul Gauguin», «La Chambre à coucher», «Champ de blé aux corbeaux» ou l’une des sept variations des «Tournesols», est profondément émouvant.

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Les différents étages du Musée Van Gogh racontent de manière chronologique le destin du peintre. Face aux nombreux autoportraits ornant la première salle, j’ai instantanément eu ce flash: ce n’est pas Vincent Van Gogh que je voyais, mais Kirk Douglas, qui l’a incarné en 1956 dans un film éblouissant de Vincente Minnelli, «La Vie passionnée de Vincent Van Gogh». La découverte de la vie minière, la période parisienne, le départ pour Arles, la cohabitation conflictuelle avec Paul Gauguin, les troubles mentaux, la fin de vie à Auvers-sur-Oise, où il se suicidera à l’âge de 37 ans en 1890: tout en découvrant les peintures qui rythment ces différentes étapes, je n’ai eu de cesse de me remémorer le biopic flamboyant de Minnelli, transcendé par un Douglas génial lorsqu’il joue l’enthousiasme fou de l’artiste face à la beauté des paysages provençaux et à l’explosion des couleurs, qu’il a mieux que quiconque su recréer sur la toile.

Maurice Pialat a lui aussi raconté Van Gogh, dans un film retraçant les deux derniers mois de sa courte existence. Un Jacques Dutronc émacié y incarnait un peintre aux humeurs changeantes, fatigué de ne rien vendre. Alors que Minnelli a choisi de résumer sa vie de manière romanesque, Pialat, fidèle à son austérité, visait une certaine forme de réalisme et se concentrait sur sa relation aux femmes et à son frère Théo. Les deux films sont éminemment complémentaires. En sortant du Musée Van Gogh, au-delà de l’émotion, cette évidence: le cinéma a ce pouvoir de sublimer la peinture en nous permettant de passer derrière les toiles, de pénétrer l’esprit de ces génies hors normes qui jalonnent les siècles. J’ai repensé au récent «Turner», de Mike Leigh, qui cernait magnifiquement la modernité du Londonien. Et aussi à l’onirique et personnel «Ronde de nuit», de Peter Greenaway, sur Rembrandt et une toile elle aussi visible à Amsterdam. Ou encore à «Renoir», de Gilles Bourdos, avec Michel Bouquet dans le rôle-titre.

Van Gogh sera prochainement au cœur d’un film d’animation, «La Passion Van Gogh», qui verra 120 de ses toiles prendre vie pour raconter son histoire. Quant à Rodin, il va renaître sous les traits de Vincent Lindon – près de trente ans après avoir épousé ceux de Gérard Depardieu – dans un film de Jacques Doillon qui sera dévoilé dans quelques semaines à Cannes. Sans snobisme aucun, j’attends plus de ces deux longs-métrages que du huitième épisode de «Star Wars». Car s’il existe certes de nombreux films médiocres malgré leur louable désir de faire comprendre un artiste, voir le septième des arts célébrer les précédents, dont il n’est finalement qu’une synthèse, est quelque chose d’aussi émouvant que de contempler pour la première fois le sombre «Champ de blé aux corbeaux».


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