La politique, madame, monsieur, c'est avec le sport le dernier domaine où l'on peut voir de belles bagarres. Et, parfois, elles sont internes, de clans, de personnes dans la même famille supposée. On l'a observé avec le duel des dames entre Martine Aubry et Ségolène Royal. A ce propos, il faudra cesser de nous dire que les femmes pratiquent la politique autrement; qu'elles y mettent moins d'ambition, moins d'agressivité, qu'une plus grande solidarité les unit et autres clichés du genre.

La politique est ce qu'elle est. Ceux qui s'y lancent en risquent les stimulants et les effets pervers. Hommes et femmes y démontrent toutefois aussi leur caractère. Il arrive que l'on croise des politiciens plus paisibles, gardant plus de distance, mettant moins d'affectivité lourde à leur engagement que des politiciennes. Quiconque a une longue expérience de ce monde en conviendra.

Voici pourtant que les deux rivales pour conquérir le poste de premier secrétaire du Parti socialiste français auraient fait la paix, admettraient la nécessité de collaborer, pour le bien de leur parti, de ses militants, du pays. On demande à voir. Toujours est-il que Ségolène, avec cette ténacité qu'on lui connaît, trait remarquable pour les uns et horripilant pour les autres, vient de prendre date dans la perspective de la présidentielle de 2012. Cette femme ne lâche jamais rien.

Si on se lasse de la France, la guerre des chefs au sein de l'opposition italienne à Berlusconi n'est pas mal non plus. Mais c'est toute la politique italienne qui a versé dans le spectacle avant tout; à l'image des télévisions inféodées au premier ministre.

Finalement, serait-ce cette Amérique dont on s'est tant moqué qui alternerait le mieux la guerre et la paix dans le processus démocratique? En tout cas, voir Hillary Clinton et autres clintoniens rejoindre l'équipe Obama, après tous les noms d'oiseaux échangés durant des primaires démocrates harassantes: voilà qui laisse pantois. La politique spectacle mettant en scène des rivalités et des combats de personnes plus que des confrontations de programmes va-t-elle se développer encore? Jusque chez nous, en Suisse?

C'est une question importante. Indiscutablement - en tout cas si l'on considère la période de l'après-guerre -, l'UDC a jeté un explosif dans la politique suisse. Et elle a mis en avant un chef charismatique, Christoph Blocher. Toutefois, lui et ses disciples ont aussi construit un piège où ils se sont légèrement pris les pattes. Ils ont voulu une UDC blochérienne au gouvernement de concordance. C'est-à-dire que le chef devenu conseiller fédéral, au lieu de prendre la distance habituelle, est resté chef de meute. Il en est découlé des comportements qui ont abouti à sa non-réélection par le parlement; événement inouï dans notre système.

Evidemment, tout cela a fait le bonheur de la presse et des médias, alors même qu'ils critiquaient à l'unisson une dérive dont ils étaient malgré tout, à l'insu de leur plein gré, des ingrédients. Or, au regard de la culture politique liée au bon fonctionnement de la démocratie directe, l'équilibre à maintenir entre confrontation politique et recherche du consensus ne doit-il pas rester une spécificité suisse? Une partie des notables de l'UDC, comme probablement des militants se pose la question.

Un peu plus de temps aurait été souhaitable pour une décantation. Le départ prématuré de Samuel Schmid risque de placer au gouvernement un UDC non libéré en lui-même de sa fidélité première. Peut-être ne donnera-t-il pas le spectacle de la guerre anti-collégiale; mais affirmera-t-il suffisamment l'impératif de la collégialité? Car il faut comprendre une chose que ressent d'ailleurs la majorité de l'opinion helvétique: la Suisse n'est pas préparée à une guerre hard des partis, des clans et des personnes. Amusons-nous, éventuellement, au spectacle des autres mais, tout en étant vifs dans le débat, puissions-nous garder notre culture politique.

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