L’affaire Varone passionne les médias depuis juillet dernier. Mais le Valais semble y être imperméable. Pour la plus grande incompréhension du reste de la Suisse, qui croyait à la chute du candidat Varone. Comme cela serait sans doute advenu dans n’importe quel autre canton. Mais Christian Varone restera le candidat du PLR au conseil d’Etat.

En Valais, tous les partis politiques sont derrière Christian Varone parce qu’ils y ont intérêt. Cette réponse ne suffit pourtant pas à expliquer le silence des citoyens. Ils sont quasiment absents des blogs, des courriers de lecteurs, des témoignages dans les médias. Que pensent les Valaisans de tout cela? La version officielle affirme que, pour eux, c’est une affaire mineure. «On ne lynche pas un homme brillant pour un caillou», estime-t-on. On y ajoute volontiers un zeste de réflexe identitaire: «Ce n’est quand même pas la justice turque qui va décider qui on élit chez nous!»

Le climat ressemble à celui de la campagne sur l’initiative Weber. Une fois que les élites politiques eurent émis leur avis sur le texte de l’écologiste, les voix discordantes sont devenues rares. Le Valais tout entier s’est levé contre l’atteinte que le reste de la Suisse voulait lui porter. Le réflexe identitaire encore? Certains avaient dénoncé l’unanimité des avis émis en public, avouant qu’il n’était pas confortable d’exprimer une opinion divergente. Comme il n’est pas confortable d’être le premier à dire qu’il y a un problème à élire quelqu’un qui sera peut-être condamné. D’ailleurs, personne ne s’est glissé dans la brèche ouverte par Pascal Couchepin, hué par les siens pour avoir osé soulever la question.

Le Valais débat souvent avec virulence. Sur l’élargissement du lit du Rhône, sur ses hydrodollars, sur les réformes de ses institutions… Bref, sur la manière dont il convient d’exercer le pouvoir. Mais parfois, le silence s’abat sur le canton. La démocratie semble alors ne s’exercer que dans le secret des urnes et s’éclipser de tout débat public. Cela advient quand les questions touchent au pouvoir politique lui-même, qu’il soit local pour l’initiative Weber, ou cantonal pour l’affaire Varone. Ce constat fait ressurgir un vieux cliché: le Valais serait un canton géré par une nomenklatura à laquelle personne n’ose s’opposer, au risque de le payer cher.

Cette image ne risque pas de changer tant que chacun préférera, avec une certaine lâcheté, qui le consensus politique, qui la discrétion de l’anonymat, à un vrai débat sur ce que les Valaisans attendent de leurs élus. Et il est certain que le canton, une fois de plus, se plaindra de ces clichés qui lui collent à la peau.