Il a déjà volé la vedette à Alexis Tsipras. Depuis la formation du nouveau gouvernement par le parti Syriza à Athènes, c’est désormais Yanis Varoufakis, ministre des Finances, qui s’offre le rôle de coqueluche des médias. Un portrait de celui qui entame une grande tournée européenne? Voici des extraits de celui que brosse Le Figaro: «L’habit ne fait pas toujours le moine. Crâne rasé, chemises bariolées et franc-parler»: sa «décontractitude» «cache une réelle crédibilité internationale en matière d’économie».

Mais que symbolise-t-il, cet homme dont la volonté semble comparable à celle d’un bulldozer? Réponse: «l’espoir des populations asphyxiées par l’«odieuse» austérité»; un nouvel élan de la gauche de la gauche européenne»; et enfin: «l’effroi des créanciers de la dette grecque – qui n’arrête pas de se creuser – et de la planète finance – qui déteste toujours autant se poser des questions existentielles sur l’euro».

Ça, c’est pour l’institutionnel. Et puis il y a le social, celui des réseaux. Varoufakis, on l’a dit, tient un blog, «aussi nourri que pédagogique». Et «il utilise Twitter comme un «véritomètre» de ce que les médias disent de lui: il tweete, retweete, répond aux attaques, et argumente sa pensée en renvoyant les internautes vers des posts de son blog»:

Mais encore? «Il tient des conférences, il s’offre des tribunes dans la presse, il est omniprésent dans les télévisions grecques et intervient aussi dans les médias anglo-saxons, sur CNN (pas plus tard que lundi dernier) ou sur la BBC:

A part ça, «il est sur toutes les premières pages» du nord au sud du continent, constate France Inter, du Svenksa Dagbladet à La Stampa, qui publie une photographie où on le voit quasi bras dessus-bras dessous avec son homologue français, Michel Sapin, dimanche à Paris. Avant qu’il se dirige, surprise, vers Berlin et Francfort. «Jusqu’ici, le ministre grec avait indiqué qu’il se rendrait, après sa visite à Paris, à Londres et à Rome, mais il n’avait pas parlé de passer par Berlin, la capitale la plus intransigeante face à Athènes», s’étonnent presque Les Echos.

Et pour le reste, sur le fond du débat? «Yannis Varoufakis n’est pas entré dans les détails des prochaines échéances financières pour la Grèce, mais a exprimé son souhait qu’un accord global sur la situation financière de la Grèce soit trouvé d’ici la fin du mois de mai.» Ce qui ne l’a pas empêché, le même jour, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire To Vima, de répéter «que le programme d’austérité mené dans son pays est très mauvais pour toute l’Europe». En ajoutant que la dette de l’Italie n’était «pas viable», que la France sentait «le souffle de la déflation sur sa nuque» et que «même l’Allemagne est entrée en déflation».

Retour à 2012

«Classé parmi les radicaux au sein du parti Syriza, relève La Croix, il a toujours défendu, néanmoins, le maintien de la Grèce dans l’euro. Mais, dans une interview au New York Times […], il a semblé faire totalement fi des 7 milliards d’euros que l’UE s’apprête à verser à son pays fin février, s’il respecte ses engagements: «Nous n’en voulons pas, ce que nous voulons, c’est repenser tout le programme», a déclaré ce pugnace ministre.»

Ministre, précisément. Ce qui est nouveau pour lui. Car dans son blog «Les Coulisses de Bruxelles», Jean Quatremer, de Libération, vient de s’amuser à aller revoir ce que disait le ministre quand il ne l’était pas encore, en juin 2012. Ainsi Le Huffington Post (LHP) rebondit sur ces étonnants propos, pour se poser cette question: «Cet économiste marqué à gauche mais au parcours académique aurait-il complètement changé d’avis depuis juin 2012? C’est un peu plus compliqué que cela.» N’empêche, que disait-il?

Ceci: «Doit-on redouter «l’ultra-gauchisme» de Syriza? Ma réponse est un non retentissant. Je ne vous recommande pas de lire (même à ceux d’entre vous qui parlent grec) leur manifeste. Il ne vaut même pas le papier sur lequel il est écrit. Bien que plein de bonnes intentions, il contient peu de détails, est rempli de promesses qui ne pourront pas et ne seront pas tenues (la plus grande étant que l’austérité sera annulée); c’est un fourre-tout de politiques sans importance.»

Les accusations peuvent surprendre, mais elles «sont tout de même à relativiser. Comme le relèvent certains internautes, la suite du passage en question est bien moins critique envers Syriza. Yanis Varoufakis y explique pourquoi il «prend les paris» sur Syriza»:

LHP précise que Varoufakis défend «sa position sur le fond, dénonçant notamment l’austérité menée en Europe et estimant que l’équipe qui s’occupera de la conduite économique à tenir est bonne (il n’avait alors pas rejoint le parti, évidemment). «Syriza est un parti qui doit progresser, dans les prochaines semaines», explique-t-il, affirmant que le parti anti-austérité est encore en 2012 au stade du work in progress, de même que son manifeste.»

Au bout du compte, ce mauvais procès cache mal l’évidence. Et l’évidence, selon le site Politis.fr, est celle-ci: «C’est à la hussarde que le gouvernement Tsipras est entré dans le vif du sujet.» Dans le fond, tout se passe «comme si le gouvernement Tsipras se dirigeait tout droit vers une sortie de type islandaise. On arrête les frais, on ne ramasse pas les fruits pourris, on reconstruit tranquillement sur du sain, avec vous (l’UE) ou avec d’autres (la Russie? les BRICS?).»

Mais vous voulez connaître le plus drôle? On a eu droit à «un final ahurissant […] à l’issue de la déclaration de Yanis Varoufakis» vendredi devant l’Eurogroupe. Le chef de ce dernier, Jeroen Dijsselbloem, s’est brusquement levé «plutôt que de répondre à l’impertinent qui venait de dire: «Nous ne voulons pas de vos 7 milliards. Nous voulons TOUT renégocier! Et pas avec votre Troïka!».» Et il s’est éclipsé prestement. «Lors de ce départ un brin pathétique», il a cependant glissé «ces quelques mots furtifs à l’oreille de Yanis Varoufakis». Le site Zero Hedge en a révélé la teneur:

Jeroen Dijsselbloem: «You just killed the Troika.»

Et qu’a répondu Yanis Varoufakis, hilare? Un simple «wow!»

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