On peine à imaginer aujour­d’hui l’événement que fut le Concile Vatican II (1962-1965). Un vent de liberté extraordinaire avait alors soufflé sur l’Eglise catholique. Elle avait éprouvé la nécessité de pacifier ses relations avec le monde moderne et de faire son aggiornamento. Elle avait osé quitter sa citadelle de certitudes pour accepter le dialogue avec les juifs, les protestants, les orthodoxes et les autres religions, et pour affirmer la liberté de conscience et de religion. Le rôle des évêques et des laïcs avait été revalorisé. Un climat d’euphorie régnait pendant ces années, porté par les promesses de la nouvelle société qui émergeait, plus généreuse, plus libre.

Cinquante ans après l’ouverture du Concile, que subsiste-t-il de son héritage? Il paraît évident que Vatican II a renouvelé l’Eglise catholique en profondeur. Même si ses relations avec la modernité seront toujours complexes, l’Eglise s’est donné les moyens intellectuels de nourrir le dialogue avec son époque. Elle s’est dépouillée d’un apparat devenu obsolète, et elle est devenue plus humble dans ses rapports avec les autres confessions et religions. Les principaux acquis de Vatican II semblent fermement ancrés dans l’Eglise. Preuve en est le refus de Benoît XVI de céder à la pression des catholiques intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X qui voudraient ne pas devoir accepter la totalité du Concile pour réintégrer le giron de Rome.

Cependant, on ne peut se départir de l’impression que Vatican II n’a pas tenu toutes ses promesses. Ce n’était peut-être tout simplement pas possible. Après le Concile, l’Eglise a été rapidement submergée par le flot de la sécularisation qui touchait la société. Elle a aussi été confrontée à une série de crises internes – crises de la foi, du magistère, du clergé – qu’il fallait endiguer de peur que l’édifice ne s’écroule. Une lecture conservatrice du Concile a dès lors prévalu, qui a empêché certaines intuitions novatrices de se développer. Le rôle des évêques, des théologiens, des laïcs, et surtout celui des femmes, a été limité, voire étouffé.

Aujourd’hui, l’Eglise catholique semble comme paralysée par la terreur que lui inspirent les progrès de la sécularisation. Essoufflée, elle s’est coupée en partie des préoccupations quotidiennes des catholiques. Dans une interview posthume parue en septembre, le cardinal Carlo Maria Martini constatait que «l’Eglise a 200 ans de retard. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas? Avons-nous peur? […] L’Eglise doit reconnaître ses erreurs et prendre la voie radicale du changement, à commencer par le pape et les évêques.» L’Eglise a l’instrument nécessaire pour opérer ce retournement: le Concile Vatican II.