église

Au Vatican, le poison du soupçon

L’éradication des abus au sein de l’Eglise demandera des actes forts. Mais l’affaire du cardinal George Pell montre qu’à Rome l’examen de conscience n’a pas encore vraiment eu lieu

L’Eglise catholique est gangrenée par les affaires d’abus sexuels et de pédophilie. Mais jamais un prélat aussi haut placé n’avait été inquiété. Le cardinal australien George Pell, responsable des finances vaticanes et numéro trois du Saint-Siège, a obtenu un congé pour rentrer chez lui et se défendre devant la justice des hommes. Inculpé jeudi d’abus sexuels sur des mineurs à l’époque des faits, George Pell clame son innocence. Comme n’importe quel justiciable, il a droit à la présomption d’innocence. Son inculpation pose toutefois des questions très dérangeantes pour sa hiérarchie.

Avec le cardinal, le Vatican et le très populaire pape François se retrouvent sur le banc des accusés. Ce n’est pas le communiqué publié jeudi qui rassurera sur la détermination du Saint-Siège à combattre le fléau de la pédophilie, quel que soit le rang des prêtres incriminés.

Lire aussi: Un conseiller du pape inculpé pour pédophilie

Le pape François s’est contenté de prendre acte du congé du cardinal. Mais il s’est bien gardé d’exiger sa démission, comme c’est l’usage dans certains gouvernements lorsqu’un ministre est inculpé. Le Vatican a préféré louer le travail du prévenu pour remettre de l’ordre dans les finances vaticanes. Plutôt que de souligner que les actes qui lui sont reprochés sont intolérables aux yeux de l’Eglise. Ou d’avoir un mot pour la souffrance des victimes, dont la confiance dans les hommes de foi a été si cruellement exploitée.

Une «tolérance zéro»?

Certes, les faits remontent à plusieurs décennies, mais voilà déjà quelques années que le cardinal Pell est mis en cause pour sa mansuétude à l’égard de prêtres pédophiles en Australie. Il avait dû témoigner à plusieurs reprises devant une commission dans son pays, avant d’être lui-même accusé et interrogé par les enquêteurs australiens. Malgré ces nombreux signaux d’alerte, le pape François ne lui a jamais retiré sa confiance. Maintenant que les événements se précipitent, il va devoir s’en expliquer.

Cette attitude brouille le message de «tolérance zéro» professé par François à l’égard des abus sexuels au sein de l’Eglise. D’autant que le pape argentin est lui-même mis en cause pour avoir couvert des abus dans son pays. D’où la désagréable impression que la «tolérance zéro» est à géométrie variable. L’éradication des abus au sein de l’Eglise demande plus que des sermons: des actes forts. Une exemplarité du sommet de la hiérarchie vaticane jusqu’aux diocèses et paroisses. Au contraire, l’affaire Pell montre qu’à Rome l’examen de conscience n’a pas encore vraiment eu lieu. L’Eglise doit cette introspection à toutes les victimes, mais aussi à elle-même. Sinon, le poison du soupçon continuera de la ronger.

Publicité