Editorial

Vaud n’est pas une île

Le Conseil d’Etat vaudois incarne une paix politique que les citoyens apprécient, mais qui a pour prix l’affaiblissement du débat démocratique et l’extension silencieuse de l’emprise de l’Etat

Il y a vingt ans, le canton de Vaud faisait peine à voir, avec ses déficits historiques, les affaires à répétition et la crise du Parti radical, qui avait longtemps été son pilier.

Aujourd’hui, il s’est redressé de belle manière et peut faire envie à ses voisins, par la santé de ses caisses publiques et la paix politique qui y règne. Un consensus de départ sur le désendettement a débouché sur un consensus général sur le mode de gouvernement.

L’équilibre politique y semble durablement installé, sous la forme d’un partage moitié-moitié entre une droite modérée et une gauche qui ne fait plus peur. Dans un canton où le gouvernement reste fort et le parlement soumis, cette politique de concertation s’incarne au premier chef dans les deux fortes personnalités de Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard. «Vaud est une petite île qui va bien», a pu dire le premier cité.

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Cette politique se mène à coups de donnant-donnant et de contre-projets opposés aux idées trop remuantes. Sur des sujets aussi divers que l’aide au suicide, la protection de Lavaux ou la politique du logement, le Conseil d’État impose sa loi. Il n’a perdu aucune votation.

Cette paix vaudoise, que les citoyens apprécient et voudront probablement prolonger lors des élections du 30 avril, a toutefois son prix. La vigueur du débat démocratique y laisse des plumes. Gauche et droite sont émoussées par ces pactes conclus au sommet de l’Etat, par cette méthode qui tend à l’emporter sur le fond. Des problèmes réels, comme celui des nouvelles dépenses qui s’incrustent ou ceux de l’école, que le départ de la ministre ne suffira pas à résoudre, sont mis sous le tapis. La majorité de gauche au gouvernement aura profité de son règne pour étendre sans bruit l’emprise de l’État et la dépendance des administrés. Une généreuse politique de subventions arrose jusqu’à une classe moyenne, dont l’honneur était pourtant de se débrouiller sans l’aide publique.

Point culminant de cette politique, le modèle cantonal pour la nouvelle fiscalité des entreprises. Les deux leaders vaudois, après avoir été l’un comme l’autre de malheureux candidats au Conseil fédéral, se sont en quelque sorte repliés sur leur fief, érigé en lieu de proposition et d’excellence. Les vibrants accents fédéralistes du tribun socialiste Maillard montrent aussi les limites de l’exercice. La RIE III à la vaudoise n’a pas fait d’émules dans les autres cantons, du moins à ce jour. Cet accord n’a pas sombré entièrement, mais, face au désastre subi par la réforme fiscale à l’échelle nationale, il ressemble aujourd’hui moins à un exemple qu’à une curiosité. Dans la campagne fédérale sur la RIE III, l’affrontement politique a repris ses droits. Le canton de Vaud n’est pas une île.

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