En tant que député au Grand Conseil vaudois, je constate la nécessité d’une offre de transports publics adéquate et équitable. Afin de l’optimiser, divers facteurs extérieurs sont à prendre en compte, tels que la pression démographique, la charge écologique et la densification de l’habitat. Pour la Communauté tarifaire vaudoise (CTV), formée de onze entreprises de transports publics, la tâche est donc complexe.

Notre société est basée sur la mobilité; se déplacer est un besoin élémentaire, au même titre que se nourrir, se soigner ou se loger. En effet, les individus veulent être présents à l’endroit et au moment où l’activité sociale ou commerciale se déroule, et un déplacement de deux heures par jour pour aller au travail ne choque plus personne. Pour cette raison, toutes les catégories d’usagers devraient pouvoir voyager aux mêmes conditions, sans notion d’âge.

Par conséquent, lorsque j’apprends récemment que la CTV propose un abonnement pour les seniors valable uniquement dès 9 heures, je suis interpellé en tant que directeur de Pro Senectute Vaud.

Cette mesure n’est qu’un prétexte, puisque la difficulté réside dans la capacité saturée et l’engorgement des transports publics. Il n’y a actuellement pas assez d’offre pour répondre à la demande, particulièrement aux heures de pointe. Si une solution spécifique à ce problème n’est pas rapidement envisagée, le manque d’offre va s’accentuer et mener à une pénurie. Les automobilistes circuleront sur des routes encombrées; les conditions de confort dans les transports publics se dégraderont, les retards augmenteront.

Il est évident que personne ne choisit délibérément l’inconfort du déplacement, s’il a la possibilité de circuler dans de meilleures conditions à un autre moment de la journée. Les individus actifs, âgés ou non, qui empruntent les transports publics le font par nécessité.

L’abonnement senior proposé par la CTV engendre donc une ségrégation au sein de la population. Celle-ci est renforcée par certains préjugés sur la situation économique des retraités, provoquant des conflits intergénérationnels et un sentiment d’injustice de la part des plus jeunes. Il me semble nécessaire de les combattre.

«Les vieux sont riches.» Grâce à l’introduction de l’AVS et à ses mesures d’accompagnement, la pauvreté chez les personnes âgées a diminué. Dans les faits, il y a autant de pauvres chez les jeunes que chez les aînés, puisque la proportion des contribuables présentant de faibles ressources financières est de 15,5% pour les retraités et de 15,4% pour les actifs.

Par contre, l’inégalité est plus grande chez les aînés. Ainsi, certains d’entre eux se retrouvent parfois avec peu de ressources, car ils n’ont pas ou peu cotisé au 2e pilier et leur rente AVS ne leur suffit pas pour vivre décemment.

«Les personnes âgées sont à la charge de la société et ne contribuent en rien pour les plus jeunes.» C’est faux: les retraités sont actifs; ils s’occupent de leurs petits-enfants, de leurs parents, ou de leur conjoint(e). Ils sont aussi nombreux à s’engager bénévolement dans les multiples organisations caritatives de notre pays.

En tenant compte des éléments mentionnés plus haut, pourquoi devrait-on continuer à offrir un abonnement à tarif réduit pour une catégorie d’âge spécifique? Ne serait-il pas préférable d’offrir des prix préférentiels aux gens ayant une faible capacité économique?

Cette solution éviterait des soucis financiers à des personnes et familles ayant peu de ressources. Elle permettrait également d’éviter la ségrégation et la catégorisation provoquées par des abonnements seniors limités dans leur utilisation. Enfin, elle limiterait également les préjugés dont les seniors sont parfois victimes, puisque l’âge ne serait plus un critère de rabais.

A cette fin, les assurances sociales et régimes sociaux pourraient développer des prestations complémentaires en faveur des 15% de citoyens vaudois (jeunes et âgés) manquant de moyens. Ceci afin de leur permettre la mobilité nécessaire à leur intégration dans la vie sociale. Les usagers qui sont plus à l’aise financièrement paieront le plein tarif quel que soit leur âge. Actuellement, les bénéficiaires de l’AVS peuvent déjà accéder aux prestations complémentaires, sous certaines conditions. A l’avenir, il faudra tenir compte des situations difficiles du reste de la population. […]

Quelle que soit la manière d’y parvenir, les pouvoirs publics doivent garder la main en imposant un tarif stratégique aux organisations de transports et en subventionnant correctement les transports en commun. En ciblant l’aide sur la population à faibles revenus et non sur une tranche d’âge, la solidarité entre générations ne sera pas entamée et les prix seront équitables, pour jeunes et vieux.

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