Opinion

Les Vaudois libérés de la menace de l’extraction d’hydrocarbures

Les Verts vaudois récoltent des signatures pour une initiative visant à interdire l’extraction d’hydrocarbures par la technique du «fracking». Alberto Mocchi, président du parti explique pourquoi

Le sous-sol vaudois, à l’image de celui d’autres régions du Plateau ou du Jura suisse, recèle quelques milliers de mètres sous nos pieds des réserves d’hydrocarbures. «Génial!» pourrait-on se dire: voilà de quoi assurer notre approvisionnement énergétique avec des ressources locales, créer des emplois et faire profiter des retombées économiques la population des régions concernées.

La réalité est pourtant bien moins idyllique, et plutôt qu’une pluie de pétro-francs et l’indépendance énergétique, c’est une catastrophe environnementale qui nous guette si rien n’est fait pour freiner les velléités de certaines entreprises, qui amorcent depuis quelque temps des démarches pour chercher puis extraire ces ressources enfouies dans notre sous-sol.

Source de pollution

Car il ne suffit pas, comme on peut le voir dans les films sur la ruée vers l’or noir au Texas ou ailleurs, de gratter d’un pied le terrain pour en voir sortir ces précieuses ressources. Pour extraire ces gaz non conventionnels (car c’est de cela dont il est question), emprisonnés dans des poches formées dans de la roche très peu perméable, il faut employer une technique extrêmement polluante et dangereuse: la fracturation hydraulique, également connue sous son nom anglais de fracking.

Il s’agit d’injecter à une très forte pression de l’eau chargée de produits chimiques dans le sous-sol, afin de fissurer la roche et laisser le gaz s’en échapper. Cela crée d’importants risques de pollution des nappes phréatiques, car l’eau gorgée de produits toxiques employée pour la fracturation ou les gaz eux-mêmes ont vite fait de s’infiltrer là où on ne le souhaite pas, et rendre inutilisables des ressources hydriques pourtant vitales. Les cas de pollution ne se comptent ainsi plus aux Etats-Unis, pays qui a fortement développé l’extraction de schiste et autres «gaz serrés» ces dernières années.

Impact sur le paysage et la qualité de vie

Il faut ajouter à cela les impacts importants sur le paysage et la qualité de vie des riverains des installations d’extraction. Pour chaque puits, généralement installé en rase campagne, il faut tracer des routes d’accès, construire des infrastructures d’exploitation et bétonner des milliers de mètres carrés de terrain. Les nuisances sonores sont par ailleurs importantes, et à même de déranger durablement la faune comme les habitants des environs.

Il est, de plus, illusoire d’imaginer que cela pourrait avoir des effets bénéfiques sur notre indépendance énergétique. Extraire de manière industrielle ces gaz à l’échelle de notre pays demanderait des investissements colossaux, que seuls de grands groupes étrangers actifs dans ce domaine seraient à même de pouvoir fournir.

Initiative populaire cantonale

Notre environnement, mais aussi notre économie et plus globalement notre société ont donc tout à perdre d’une extraction de schiste et d’autres hydrocarbures «Swiss made».

Certains tenants d’intérêts très particuliers sont pourtant malheureusement aujourd’hui prêts à se lancer dans cette dangereuse aventure, et des projets d’extraction existent dans plusieurs lieux du canton de Vaud: dans le Gros-de-Vaud, et plus précisément sur le territoire des communes de Vuarrens, de Thierrens, de Sullens et de Dommartin, mais aussi au bord du lac Léman, à Noville, où des forages exploratoires ont déjà eu lieu.

Neuchâtel et Genève ont des projets de loi visant à interdire l’extraction d’hydrocarbures sur leur sol

Pour empêcher cela et protéger durablement notre environnement et nos paysages, les Verts vaudois ont lancé une initiative populaire cantonale visant à interdire toute extraction d’hydrocarbures sur le territoire cantonal.

Cette mesure n’est en rien exagérée ou irréaliste, elle s’inscrit au contraire parfaitement dans les réflexions qui ont été ou sont menées ailleurs en Suisse et dans le monde. Ainsi la France a, par exemple, interdit la fracturation hydraulique en 2011 déjà, le canton de Berne a inscrit dans son corpus de lois l’interdiction d’extraction d’hydrocarbures par fracking, et les cantons de Neuchâtel et de Genève ont des projets de loi visant à interdire l’extraction d’hydrocarbures sur leur sol.

Des panneaux solaires plutôt que des derricks

Dans le canton de Vaud, il existe certes un moratoire sur l’extraction de gaz de schiste, mais il s’agit d’une simple mesure administrative, pouvant être levée à tout instant par le Conseil d’Etat.

Il est donc grand temps d’empoigner comme il se doit cette problématique, et de faire en sorte que les hydrocarbures sous nos pieds y restent encore longtemps.

L’avenir appartient aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, et c’est vers cela que doivent tendre nos efforts. Pour notre planète et notre société il est bien plus profitable de voir pousser des panneaux solaires sur nos toits plutôt que des derricks dans nos champs!

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