Opinion

Végane de toi!

Doit-on systématiquement s’adapter aux nouvelles modes ou aux nouveaux venus? Ou peut-on gentiment demander à ceux qui ont une vision particulière, d’autres habitudes, de s’assimiler quelque peu, s’interroge l’éditeur Pierre-Marcel Favre

Je suis pour la plus grande diversité. Dans chaque domaine. Toutes les couleurs sont bienvenues! Les différentes coutumes et cultures sont source d’enrichissement à tous les points de vue. Cela doit-il nous amener à accepter n’importe quoi? Sans doute pas, et il serait assez malheureux qu’on en vienne à une forme de dictature des minorités, elles-mêmes souvent incroyablement intolérantes.

Ainsi, les véganes britanniques pétitionnent contre le fait que l’encre des billets de 5 et 10 livres anglaises contient quelque peu de graisse animale… C’est un joli exemple d’extrémisme.

Dans son genre, la Suisse est formidable! Dans un premier temps, elle refoule une recrue végane. Celle-ci recourt et obtient le droit de faire son service militaire à ses conditions, avec son régime, ses chaussures différentes de celles de ses camarades, etc. J’imagine bien, la prochaine fois, qu’un Suisse d’origine sikh obtiendra l’autorisation de porter un casque spécial réalisé exprès pour lui…

Tendances extrêmes

L’antispécisme est théoriquement une très belle cause (pour simplifier: mettre pratiquement sur le même pied les humains et les animaux) et fait de plus en plus d’adeptes. Mais peut-on vraiment considérer plus ou moins de la même manière les hommes, les vers de terre, les chiens, les moustiques et les singes?

Pour en revenir à nos chères petites recrues, on peut imaginer un catalogue d’exceptions au règlement général militaire. Des exceptions religieuses, passe encore. C’est la mode. Mais pour la suite, passera-t-on à une offre sans gluten, dans l’armée suisse? Ou mieux, à l’exigence d’une alimentation certifiée bio… Ou encore au régime crudivore.

Déjà, nos prisons proposent des menus à choix. Lorsqu’on sait qu’un détenu coûte dans les 400 francs par jour (et même jusqu’à 1900 francs pour des cas spéciaux), cela fait 150 000 francs à l’année. Dix ans de prison: 1,5 million! (En oubliant, bien sûr, que les détenus ont fait des victimes avec des coûts à la clé.) Un peu d’utopie: au lieu d’offrir des repas à la carte, pourquoi ne pas mettre en route des accords avec certains pays pour la détention dans la nation d’origine? Certes il y a du travail, sachant que 73% des clients incarcérés viennent d’ailleurs. Mais ainsi le prisonnier mangerait à sa manière, il pourrait recevoir facilement sa parenté, et cela coûterait infiniment moins cher au contribuable helvétique.

Je m’empresse de dire encore que j’ai un grand respect pour les régimes, en particulier végétarien. Moi-même je me sens à l’aise avec le fameux régime crétois, bon, beau et diététique. On peut toutefois se poser quelques questions au sujet des tendances toujours plus extrêmes, dans tous les domaines, émergentes et devenant à la mode en Occident, comme la fameuse coutume végane, une construction plus ou moins intellectuelle propagée par des stars américaines ultra-médiatisées. Elles font des émules par mimétisme.

Ne nous laissons pas emporter

Au passage, évoquons les transformations corporelles. Le tatouage est très divertissant et spectaculaire. Il touche maintenant, selon les pays, la moitié de la population! Après avoir surtout hanté, il n’y a pas si longtemps, les mafias et les prisons! Mais le piercing a fait beaucoup plus fort: on s’éloigne des gentilles oreilles, fort bien décorées depuis la nuit des temps. On a investi la bouche en perçant la langue. Nous surferons sur l’attirail sexuel métallique qui pourrait faire pâlir les anneaux des femmes girafes de la tribu Karen (Birmanie) et les femmes à plateau des tribus Mursis et Botocudos (Ethiopie et Brésil). Bref, tant que la pratique ne devient pas obligatoire…

La très grande question: au final, doit-on systématiquement s’adapter aux nouvelles modes ou aux nouveaux venus (jour de congé hebdomadaire, habillement, salutations, expressions, alimentation, etc.)? Ou peut-on gentiment demander à ceux qui ont une vision particulière, d’autres habitudes, de s’assimiler quelque peu, de faire l’effort de rejoindre notre communauté, quand on a choisi de s’y épanouir? Vive les excès! Mais ne nous laissons pas emporter par l’extrémisme.

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