Éditorial

Les végans ont presque raison

ÉDITORIAL. Les végans nous agacent, mais s’ils dérangent, c’est surtout parce qu’ils trahissent les dérives d’une société citadine déconnectée de la nature et pointent du doigt les excès de l’industrie alimentaire

La société se véganise, nos placards se remplissent de lentilles, de quinoa et de lait d’amande. On suspecte notre laitier de harcèlement bovin, on s’interroge sur le sort réservé aux bouchers lors du Jugement dernier et on se signe en salivant sur un gruyère salé. Faudra-t-il bientôt se cacher au fin fond d’une vallée valaisanne pour se permettre de croquer dans une tranche de viande séchée bien loin des regards inquisiteurs?

Les végans nous agacent. En s’autoproclamant garants d’une éthique sans faille, ils donnent envie de leur chercher des noises. On en trouve, car le mouvement n’est pas sans failles ni paradoxes. Ses adeptes prônent la désobéissance civile, tout en espérant qu’on obéisse à leurs injonctions morales. Combien d’entre eux, tout en écartant des produits au nom de la conscience, se tournent vers des aliments cultivés à l’autre bout du monde à l’empreinte écologique considérable?

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Mais s’ils dérangent, c’est surtout parce qu’ils trahissent les dérives d’une société citadine déconnectée de la nature et pointent du doigt les excès de l’industrie alimentaire. Ils ont habitué le grand public à un discours dogmatique, péchant par excès. Difficile de faire preuve de la subtilité, la pondération et la réflexion nécessaires pour convaincre le plus grand nombre lorsqu’on est tiré par l’utopie. Ils ont dû s’en rendre compte, eux qui se servent désormais des outils de la démocratie directe pour tenter d’imposer leurs arguments plutôt que de choquer l’opinion.

Leurs méthodes coup-de-poing ont pourtant été jusqu’ici nécessaires pour pousser le consommateur à se responsabiliser, le convaincre que le contenu de son panier influence les producteurs en amont. Peut-être que les végans agacent, mais les pratiques de l’industrie agroalimentaire écœurent. Ils dénoncent les méfaits d’une société qui mange trop, trop mal, et que l’ivresse du gain rend aveugle. Si les producteurs ne se livraient pas à la démesure, si la viande au rabais n’existait pas, si la nécessité de manger quotidiennement un morceau de protéine animale était balayée, les végans sans doute n’existeraient pas.

Ces révoltés nourris au soja vous cassent les pieds? Ce qui devrait être plus exaspérant, c’est qu’il faille, comme à Bâle, passer par une votation pour introduire ne serait-ce qu’un menu sans viande dans les cantines.

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