Charivari

Vélo volé, un mal pour un bien?

CHRONIQUE. Un larcin, des côtes cassées, de la colère par paquets: rouler à Genève relève de la curée, constate notre chroniqueuse qui continue pourtant à fendre le vent

Ça alors. Je croyais être à l’abri avec mon vélo de 10 ans d’âge, customisé en rose fluo par ma fille. Certes attachant, mais quand même très décati. Eh non. A Genève, l’anagramme le plus courant de «vélo», n’est vraiment pas «love», mais bien «volé». A la gare, dans le parking dit du Serpent lumineux censé protéger nos montures de feu, ma bécane pleine de charme a tellement plu que, même puissamment attachée, elle a été kidnappée. Ô rage, ô désespoir. Jeudi, j’ai cherché, crié pour qu’elle revienne, pleuré même, oh, j’avais trop de peine.

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Et puis, j’ai réfléchi. Penser peut aussi servir dans ces moments-là. J’aime bien déceler des signes encourageants partout, c’est mon côté chamane urbaine. Je me suis donc demandé quelles conséquences positives pouvaient avoir ce coup de déveine. J’ai très vite trouvé. Dans les pages de GHI, le gratuit genevois. Mais aussi dans la rue, chaque matin et chaque soir, en bas de chez moi.

En tant que simple piétonne, j’échappe à la folle saturation de la chaussée. J’évite ainsi de mourir coincée entre un 4x4 et une moto en pétard. Et, avant cette issue extrême, je me soustrais au pain ou à l’insulte salée. Car, explique le tout-ménage genevois, il y a une telle surpopulation dans les artères du bout du lac que les usagers roulent sur les dents et se mordent au premier incident.

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L’hebdomadaire cite en exemple le cas d’un automobiliste qui a fini avec deux côtes cassées et un gros coquard pour avoir tourné sur la droite alors qu’un motard le dépassait du même côté. Au feu rouge, le motard a montré toute l’ampleur de sa contrariété et le conducteur en tremble encore, des jours après… Comme je tiens à mes côtes et qu’un coquard ne m’irait pas bien au teint, je dis merci à mon voleur de vélo. Sans le savoir, il m’a épargné ce fâcheux destin.

Gare aux motards!

Vendredi, je gambadais donc en piétonne fraîchement convertie quand mon fiston, parti étudier une année à l’étranger, m’a invitée à utiliser son mi-course, un bleu destrier. J’ai aussitôt oublié l’hystérie et les côtes cassées. Et me suis souvenue que le vélo est silencieux, rapide, écologique et bon pour la santé. Maintenant, c’est penchée en avant que je fonce, cheveux au vent. Et gare aux motards amateurs de coquards: le 23 septembre, je vais voter pour que le vélo soit protégé sur la chaussée. Quant à sa protection contre le vol, il y a la puce électronique et… la prière. Car, c’est sûr, il y a un dieu pour les deux-roues. Qui fait des miracles. Pas impossible que mon vélo rose me revienne plus fringant qu’avant!


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