Dans la torpeur de l’été, alors que les institutions européennes et les capitales des Etats membres fonctionnent au ralenti de cette période de vacances, un drame se noue ou plutôt se perpétue au Venezuela et rares sont ceux qui semblent s’y intéresser. Dimanche 30 juillet se déroulait l’élection d’une nouvelle Assemblée constituante. Mais de sérieux doutes entachent la validité de ce scrutin, des doutes que les agissements du régime du président Maduro ne font que corroborer.

Depuis plusieurs semaines en effet, on assiste quotidiennement dans ce pays au recours excessif et disproportionné de la force contre les opposants et à la violation de tous les droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement. L’arrestation de Leopoldo Lopez et Antonio Ledezma, ce mardi 1er août, deux figures majeures de l’opposition, dont nous demandons la libération immédiate, confirme cette fuite en avant du régime.

Le Venezuela sombre dans le chaos

En proie aux violences, à l’arbitraire et à l’autoritarisme du «chavisme», le Venezuela sombre dans le chaos et un point de non-retour est atteint: la misère est omniprésente et criante, les morts se comptent par dizaines, les assassinats politiques sont monnaie courante, la presse et le pouvoir judiciaire sont muselés. Face à cette situation, les Européens et la communauté internationale se sont contentés jusqu’à présent de formuler une condamnation convenue. Mais il n’est plus l’heure de condamner la répression brutale des manifestations pacifiques, de demander au gouvernement vénézuélien d’enquêter sur les morts, ou de cesser de recourir à la privation des droits politiques des dirigeants de l’opposition. Il y a longtemps que la constitution n’est plus respectée, la séparation et l’indépendance des pouvoirs plus préservée.

Dans une impasse

Jusqu’alors, toutes les tentatives de médiation ont échoué et le pays se trouve désormais dans une impasse. Pour qu’il sorte de la crise et que les Vénézuéliens soient assurés du libre exercice de leurs droits, qu’un calendrier électoral permettant de mettre en place un processus électoral libre et transparent soit instauré, des voix plus fermes doivent désormais se faire entendre. Il est clair que le pouvoir autoritaire et dictatorial du président Maduro s’enfonce dans une spirale de violence et de repli sur soi que seules des sanctions internationales pourront briser.

Les Européens doivent regarder la situation telle qu’elle est et agir. Le prochain sommet européen ne se tiendra qu’en octobre, mais d’ici là, les Etats membres ont le temps de décider et mettre en œuvre des sanctions ciblées. Il ne s’agit pas de frapper un pays dont la population est déjà dans la souffrance la plus absolue, mais de geler les avoirs et d’imposer des restrictions de visas à celles et ceux qui sont impliqués dans les violations des droits de l’homme dont le pays est le théâtre.

Il faut agir vite, sans quoi le Venezuela s’enfermera pour longtemps dans une dictature livrant son peuple à la violence, la misère et l’isolement.


Les signataires

Guillaume BARAZZONE

Conseiller national PDC au parlement suisse

Joachim SON-FORGET

Député LREM à l’Assemblée nationale française et membre de la Commission des Affaires étrangères

Pieyre-Alexandre ANGLADE

Député LREM à l’Assemblée nationale française et Vice-Président de la Commission des affaires européennes

Alexandre HOLROYD

Député LREM à l’Assemblée nationale française

Pavel TELICKA

Vice-président du Parlement européen en charge des relations avec l’Amérique latine

Fernando MAURA BARANDIARAN

Député espagnol et porte-parole pour les Affaires étrangères de Ciudadanos

Guy VERHOFSTADT

Président du groupe de l’Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe (ALDE) au Parlement européen et Ancien Premier Ministre belge.


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