L’arrestation d’Oswaldo Alvarez Paz, un ancien président de la Chambre des députés du Venezuela, gouverneur de l’Etat vénézuélien de Zulia et candidat à la présidence, devrait faire réagir le monde entier car elle démontre à quel point le régime du président Hugo Chavez est prêt à s’écarter des pratiques démocratiques. Rester silencieux alors que la démocratie s’affaiblit au Venezuela est non seulement immoral, mais devient de plus en plus dangereux pour tous les Vénézuéliens.

Alvarez Paz est connu partout comme un homme honorable, attaché aux principes démocratiques. Il a courageusement cherché à alerter le monde au sujet des persécutions dont sont constamment victimes les opposants à Hugo Chavez et à son régime. De même, il s’est soucié du déclin de la démocratie dans son pays depuis la dizaine d’années de pouvoir de Chavez.

Son arrestation, le 22 mars dernier, confirme ses dires quant à la nature du régime et des dangers qu’il présente pour les Vénézuéliens, systématiquement dépouillés de leurs libertés. Cela vaut aussi plus généralement pour les Latino-Américains – Hugo Chavez pouvant servir d’exemple à d’autres dictateurs en puissance.

L’arrestation d’Alvarez Paz semble avoir été déclenchée par ses déclarations lors d’un talk-show, Aló Ciudadano («Salut citoyen»), sur la chaîne privée Globovision. Evoquant une résolution de la Cour nationale espagnole (Audiencia Nacional de España) concernant des accusations de relations entre le gouvernement du Venezuela, les FARC (le groupe de guérilla colombien) et les terroristes espagnols de l’ETA, il a déclaré à juste titre que ces accusations devaient faire l’objet d’une enquête.

Mais après avoir simplement demandé l’application de la loi et l’ouverture d’une enquête concernant des agissements illégaux, il a été arrêté pour conspiration, diffusion d’informations mensongères et incitation à la haine, ce qui pourrait lui valoir jusqu’à 15 ans de prison.

Son arrestation met en évidence le fait qu’Hugo Chavez et ses fonctionnaires détournent la loi pour persécuter, intimider et réduire au silence ceux qui critiquent son gouvernement. Elle confirme les rapports publiés par des organisations et des institutions internationales comme la Cour inter-américaine des droits de l’homme, Human Rights Watch et Freedom House quant aux atteintes croissantes aux libertés civiques dans ce pays.

Hugo Chavez a institué au Venezuela une forme radicale de non-droit sous l’égide de l’Etat. On peut dire que le Venezuela a légalisé l’Etat de non-droit, conduisant à un système politique dans lequel ceux qui font la loi ou l’interprètent ne s’estiment nullement tenus de respecter l’esprit de justice qui le sous-tend.

L’idée d’un pouvoir arbitraire exercé par un dirigeant ou un mouvement politique, même s’il prétend représenter les pauvres et les déshérités – ainsi que le proclame le président Chavez – est étranger à tous les concepts de liberté. C’est là le légalisme des barbares et la philosophie politique instinctive de ceux qui refusent un comportement démocratique.

La communauté internationale doit exiger la libération immédiate d’Alvarez Paz. L’Organisation des Etats américains (OEA) et les autres organes régionaux doivent appeler avec toute la vigueur possible à la restauration effective de l’Etat de droit au Venezuela. Ce n’est qu’ainsi qu’ils peuvent défendre les principes inscrits dans la Charte démocratique inter-américaine. L’OEA doit agir rapidement, car les élections législatives vénézuéliennes auront lieu en septembre.

L’année dernière, Hugo Chavez a remporté un référendum destiné à supprimer la limitation du nombre de mandats du président et des autres principaux dirigeants élus. Les sondages révèlent maintenant un niveau de mécontentement sans précédent en raison de la criminalité, de l’inflation et des coupures d’eau et d’électricité. De grandes manifestations contre le gouvernement ont eu lieu à Caracas après la fermeture, par les autorités, d’une chaîne de TV privée diffusée sur le câble, RCTV. Les Vénézuéliens semblent être prêts à arrêter la dérive dictatoriale de leur pays, ce qui pourrait aussi expliquer l’arrestation d’Alvarez Paz.

Tous ceux qui croient à la vague démocratique qui a gagné l’Amérique latine après la chute du communisme en Europe, et qui la soutiennent, doivent réaffirmer leur engagement de surveiller la situation du Venezuela en termes de liberté d’expression et de gouvernance démocratique. Il n’est pas trop tard pour ramener le Venezuela dans le camp des pays libres et démocratiques. Défendre la liberté d’Alvarez Paz, c’est défendre la liberté de tous les Vénézuéliens!

*  Mikhaïl Kassianov, ancien premier ministre de Russie. Francisco Bermudez, ancien ministre de la Défense du Guatemala. Garry Kasparov, ancien champion du monde d’échecs, aujourd’hui militant politique d’opposition. Javier Loaiza, consultant et analyste politique en Colombie. Don McKinnon, ancien secrétaire général du Commonwealth. © Project Syndicate

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