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Jean-Luc Mélenchon, ici à Marseille le 27 août, ne veut pas jeter la pierre à ses «amis» du régime vénézuélien.
© Bertrand Langlois/AFP Photo

Editorial

Venezuela: l’insupportable déni de réalité de la gauche radicale

Le régime de Nicolas Maduro a beau précipiter son pays dans la dictature, plusieurs dirigeants de la gauche radicale européenne refusent de condamner le pouvoir de Caracas. Jean Ziegler va jusqu’à justifier les tribunaux militaires

Peut-on décemment soutenir le régime de Nicolas Maduro? Depuis qu’il a succédé à Hugo Chavez, le président vénézuélien réprime son peuple sans ménagement. Le rapport publié mercredi par les Nations unies sur les actes de torture, les disparitions forcées et les détentions arbitraires au Venezuela ne laisse planer aucun doute.

Depuis quatre mois, le pays sombre dans la dictature. Le président français Emmanuel Macron n’est pas le seul à le penser. Dans une déclaration faite à Lima au début août, douze pays d’Amérique latine condamnent la «rupture de l’ordre démocratique» et jugent «illégitime» l’Assemblée constituante créée par le régime pour court-circuiter un parlement démocratiquement élu.

Prouvant que l’idéologie n’a pas fini de faire des ravages au XXIe siècle, la gauche radicale européenne conteste la dérive autoritaire de Caracas. A commencer par Jean Ziegler. Dans une interview surréaliste publiée dans le Tages-Anzeiger, le sociologue genevois et ex-membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme refuse catégoriquement le qualificatif de «dictature».

Une «campagne de diffamation», à ses yeux. La misère sociale au Venezuela ne serait pas le résultat de la politique d’Hugo Chavez ou de Nicolas Maduro. C’est, selon le Genevois, un sabotage orchestré par l’impérialisme américain comme le fut, en 1973, le renversement de Salvador Allende au Chili.

Une tonalité qui rappelle Trump

L’aveuglement de Jean Ziegler pousse le sociologue à légitimer les tribunaux militaires érigés par Maduro. Il l’incite à penser que son héros, Hugo Chavez, qu’il a rencontré huit fois, a eu un cancer provoqué par Washington et que le leader de l’opposition est un agent de la CIA.

En France, le président de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon ne tient pas un autre discours. Il refuse de «jeter la pierre» à des «amis».

Dans une tonalité qui ressemble à celle de Donald Trump quand ce dernier commente les émeutes raciales de Charlottesville, le dirigeant du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn fait lui aussi une pirouette. Il attribue les responsabilités des violences aussi bien à l’opposition qu’au gouvernement vénézuélien.

Une insulte à la démocratie

L’incapacité de cette gauche radicale européenne à condamner le régime de Caracas au nom d’une révolution bolivarienne qui a fait long feu est atterrante. Elle est une insulte aux préceptes qui fondent les démocraties, et que le régime de Nicolas Maduro foule au pied sans état d’âme.

Mais cette attitude n’est pas nouvelle. Quand les chars soviétiques écrasaient un début de révolution à Budapest en 1956, le Parti communiste français n’avait pas jugé bon de condamner cet acte. Des émeutes s’en étaient suivies à Paris et Sartre avait enfin senti le besoin de prendre ses distances.

Soixante ans plus tard, cette même gauche continue de s’enfermer dans un déni de réalité.

Lire aussi: Au Venezuela, l’opposition emprisonnée est torturée par le régime de Maduro

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