L’inquiétude de la direction de Roche était palpable depuis l’été. Severin Schwan, patron du groupe pharmaceutique bâlois, était conscient que la petite restructuration consécutive à l’intégration complète de Genentech ne suffirait pas à compenser les vents contraires qui s’abattent sur le secteur pharmaceutique.

La pression sur les prix dans certains pays européens, principalement l’Allemagne et la Grande-Bretagne, était un phénomène connu et intégré par les entreprises. Il s’est étendu à tous les pays confrontés au fort endettement consécutif à la crise financière. Roche, qui commercialise des anticancéreux dont le coût élevé était jusque-là peu remis en question, est soudain soumis aux mêmes contraintes que ses concurrents. La facture, salée, se monte à près d’un milliard de francs par an selon le groupe bâlois, soit l’équivalent de l’investissement nécessaire à la mise au point, en dix ans, d’un nouveau médicament efficace.

La réforme de la santé aux Etats-Unis, pays où la liberté de formation des prix des médicaments était reine, a sans doute été l’élément déclencheur du programme de restructuration bâlois. Certains revers dans la recherche, notamment la constatation que le produit-phare Avastin ne sera pas l’anticancéreux généralisé espéré, ont aussi contribué à durcir la réforme du groupe.

Annoncée dans son principe en septembre, elle était pressentie comme une cure d’amaigrissement modérée, qui supprimerait des emplois en douceur dans une proportion modeste. La révélation des détails du plan, mercredi, surprend par l’ampleur des suppressions d’emplois, à hauteur de 6% des effectifs, et par la perte d’importance relative de Bâle face à San Francisco, l’Inde ou la Chine.

La direction de Roche pèche-t-elle par un pessimisme excessif alors que le groupe est financièrement florissant? Reste à espérer que les prix des nouveaux médicaments seront vraiment plafonnés pour éviter des aigreurs d’estomac aux patients consommateurs.

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