éditorial

Le ver est dans la fève de cacao

ÉDITORIAL. Plombés par le cours de la matière première, le Ghana et la Côte d’Ivoire ont décidé de geler les ventes de la graine chocolatière, dont ils représentent près des deux tiers de la production mondiale. Un coup de poker qui a le mérite de mettre le secteur face à ses réalités

On a beau multiplier les promesses et les labels, l’industrie du cacao est malade. En témoigne la récente décision de la Côte d’Ivoire et du Ghana de geler les ventes à terme de cacao jusqu’à ce que les traders et les transformateurs acceptent de payer un prix plancher.

Lire aussi: L’OPEP du cacao veut reprendre le contrôle de la fève

Les deux voisins ouest-africains représentent près des deux tiers de la production mondiale de cacao. Alors que le plus célèbre des cartels, celui de l’OPEP, pèse à peine 40% du pétrole mondial. Autant dire que les négociations qui ont cours à Accra et à Abidjan sont suivies de près par l’ensemble de l’industrie, des tropiques jusqu’en Suisse, où se situent les plus gros traders, industriels et consommateurs.

Lire également: Le marché mondial du cacao est déprimé

On peut bien crier à la prise d’otages ou dénoncer la corruption des instances gouvernementales, le coup de poker de ce «nouvel OPEP» a le mérite de jeter une lumière crue sur l’industrie de la fève. Un secteur asymétrique où des millions de planteurs locaux sont confrontés à une poignée de grands acheteurs.

Moins que le seuil de pauvreté

Ce qui a de néfastes conséquences quand le cours du cacao s’effondre. Il y a un an et demi, les cultivateurs ivoiriens gagnaient en moyenne 50 centimes par jour. Quatre fois moins que le seuil de pauvreté. Le Washington Post vient, lui, de consacrer un long reportage à la recrudescence du travail des enfants dans les plantations. Ils seraient 2,2 millions en Afrique de l’Ouest, selon l’International Cocoa Initiative.

Ce ne sont pas des élucubrations d’ONG. Le mois dernier, la société d’Etat ghanéenne Cocobod a dû emprunter 200 millions de dollars auprès de la Banque mondiale afin de couvrir ses dépenses. Après trois ans de cours déprimés, elle ne parvenait plus à assurer le revenu minimum de ses planteurs.

A l’autre bout de la chaîne, nous, consommateurs, ne percevons même plus ces variations. Alors que le cours du cacao joue aux montagnes russes depuis trois ans, le chocolat coûte toujours grosso modo la même chose.

Cela s’explique par la compressibilité des revenus des salaires des planteurs, par les différents systèmes de couverture contre les fluctuations boursières mais aussi par un troisième type de «hedging»: la modification des recettes des industriels.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les noisettes étaient venues remplacer, dans les barres chocolatées, un cacao sous embargo maritime. Aujourd’hui, le beurre de cacao assure tranquillement la stabilité des tablettes de chocolat. Il a l’avantage d’être incolore et intraçable. Même s’il laisse un goût amer.

Publicité